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Les spectacles de lumières psychédéliques de 1967 à 1980

26 février 202414 min read

Issus des performances artistiques avant-gardistes des années 1960, les spectacles de lumière liquide sont devenus le compagnon incontournable des concerts et des clubs dans les années 1970. Cette forme d’art lumineux accompagnait les groupes de rock tels que Jefferson Airplane et Pink Floyd et donnait une ivresse synesthésique aux spectateurs. LSD, art & rock’n’ roll!

Le light-show est censé créer une ambiance, un environnement total, de façon à rendre complémentaire le son et l’image. Il est compréhensible que cette forme de spectacle total ne puisse être décrite. Elle doit être vécue. Il n’y a pas de technique propre au light-show, il y a avant tout la recherche d’un « effet », où tous les systèmes de projection sont utilisés, séparément, ou ensemble : fondu, enchaîné, cinéma 8 ou 96 mm. Cela ne veut pas dire que le light-show soit une projection d’images en vrac. Ces images sont programmées et animées en fonction de leur accompagnement musical. Elles opèrent la plupart du temps, une progression et une liaison entre chaque image, cette liaison se faisant soit par des formes soit par des couleurs.

Historique et différences des Etats-Unis au Royaume-Uni

Les spectacles de lumière liquide sont apparus des deux côtés de l’Atlantique vers 1966 et ont fait partie intégrante de la scène musicale psychédélique.  Ils reposent sur un dispositif pluriel, alliant projections de films en « super 8 », lumières stroboscopiques, bruits épars (battements de cœur…), caméras branchées en circuit fermé, photos et diapositives de couleur liquide constitués d’huile, d’eau, de salive, de colorants, se mouvant lascivement ou en rythme. Ils pouvaient être constitués d’un seul opérateur avec deux ou trois projecteurs de diapositives ou rétroprojecteurs modifiés et quelques roues de couleur. Mais ils pouvaient être plus complexes, avec jusqu’à dix opérateurs qui s’occupaient de plus de 70 projecteurs. Le style et le contenu de chaque spectacle étaient uniques, mais la majorité d’entre eux avaient pour but de créer une mosaïque d’éléments audiovisuels en constante évolution qui reflétaient la musique pour créer un environnement immersif. Bien que les spectacles des deux côtés de l’Atlantique aient beaucoup en commun, ils diffèrent sur leurs techniques. Tout d’abord, les spectacles américains avaient tendance à être plus importants. Les spectacles américains étaient généralement construits autour du rétroprojecteur avec les liquides dans de grands verres à couvercle d’horloge. En revanche, les spectacles en Angleterre étaient moins contraignants en utilisant des projecteurs qui fonctionnaient avec de grands disques transparents souvent peints à la main. Ces shows permettaient d’avoir moins d’artistes derrière les projecteurs.

Le light show en France par Mandala

En France, le principal collectif utilisant ces techniques s’appelait le groupe Mandala. En 1967, ils étaient liés avec Jean-Jacques Lebel qui a publié plusieurs ouvrages sur les problèmes des hallucinogènes ( “ Dossier LSD ”, “ Essai sur l’expérience hallucinogène” ). Cette année-là nous avons participé à la semaine de la libre expression au Théâtre Fontaine à Paris. Puis ce fut la rencontre d’un mécène (Christian Cannone, des pastilles Valda) qui permet de les équiper convenablement. Des quatre ou cinq groupes de light show professionnels qui existaient en France (15 000 light de Vasco, Open Light, Barved Zumizion, Josas) Mandala est celui qui, à le plus percé, actif pendant près de 10 ans à partir de fin 1969. Ils ont tourné en Europe avec des dizaines de groupes de l’époque (de Black Sabbath à Jimi Hendrix, de Gong à Brian Auger) et formés par Mark Boyle qui faisait les lumières pour Pink Floyd. Jean-Claude Bailly nous dit “L’Olympia nous a donné notre première vraie chance, Coquatrix nous a alors demandé la conception de l’environnement lumineux de la Taverne de l’Olympia. Vingt-cinq machines automatiques y assurent le light sans intervention humaine. Cela nous a permis l’achat de 5 millions de nouveau matériel”. 

Membre du groupe Mandala

Le Groupe Mandala est à géométrie variable (Jean-Claude Bailly, Jacques Nortier, Thierry Spitzer, Alain Diester et Elizabeth Kapnist), ils apprécient, plus encore que l’aspect strictement philosophique, l’apport esthétique de l’orientalisme. Le problème est que le light show vient effacer les « trucs » de scène des « pop star », les musiciens doivent se fondre dans un ensemble, presque disparaître. Le groupe fera pendant de nombreuses années les lumières de plateaux TV de l’ORTF.

Fire Wheel, 1979 par Cassidy Design pour Pluto Electronics Limited

Techniques utilisées

Les spectacles en Angleterre et en Europe, utilisaient des projecteurs de diapositives modifiés de 2 pouces carrés. Des colorants à base d’eau de différentes couleurs étaient utilisés dans chaque couche, qui bouillaient lentement en produisant des bulles de vapeur pulsantes lorsqu’ils étaient exposés à la chaleur de la lampe du projecteur, les filtres thermiques étant retirés. Par conséquent, des gouttes de couleur se déplaçaient de manière aléatoire projetées sur l’écran, créant ainsi un spectacle lumineux. Avant que les couches projetées ne soient totalement sèches, une nouvelle diapositive était insérée dans le porte-diapositives du projecteur, tandis que l’ancien verre était retiré, nettoyé et repeint avec de nouveaux colorants et que le processus de projection se poursuivait. 

Space Panorama, 1974, David A Hardy pour Orion

Effets sur les spectateurs

Ces performances étaient effectuées en direct et synchronisées sur le tempo de la musique et mettaient les spectateurs en transe, sans besoin de psychotrope car l’éclectisme de leurs techniques permettait de mêler les cinq sens humains. Avec la démocratisation des supports vidéo dans les années 1980, ces spectacles lumineux artisanaux vont disparaître pour laisser place à un nouveau courant : les vidéo jockey (VJ’s). 

Cosmic Trip, c. 1990 par Jennie Caldwell pour Hawkwind

Mais revenons un instant sur les Light-shows évoqués plus haut qui sont un des points de départ de l’intention proposée ici. Ces spectacles multimédias dissolvent la temporalité de la réalité par un dynamisme et un cinétisme envoûtant. Ils tendent à une communication avec l’ailleurs qui exalte l’existence dans sa plénitude métaphysique et sensuelle et renouvelle le corps de l’homme-nature. Le participant est déstabilisé, tiraillé entre agression et appréciation; il s’abandonne corps et âme, illuminé et halluciné, emporté par les couleurs, l’ambiance et les sons. Il lui est présenté une sorte de mise en abyme du spectacle où les corps se multiplient à l‘infini. Les données abondantes ne peuvent être filtrées par son esprit, ne pouvant saisir ces repères disloqués, sa raison s’en remet aux sens, il voit la musique et entend les images. 

La scène des lights show reste pour le moins actif. Depuis 1972, bon nombre d’artistes réalisent plusieurs shows tels que Jeff Mills, Maresia Lightshow en Espagne spécialisé en overhead liquids, Captain D.Light à Toulouse, Bernd Koch de Psycho-Lights persiste depuis 30 ans en Allemagne, Pays Bas et Angleterre. De plus, des projecteurs se vendent actuellement, destinés à des structures psychiatriques, autistiques et autres établissement spécialisé. Un aspect calme et apaisant leur sont attribué, considéré aussi comme une source de créativité. Les effets procurés par les différents éclairages marquent un point intéressant quant à leurs influences sur les actes de violences comme de satisfactions en soirées.

« Comme le dit limpidement Eléonore Willot dans son livre, « Le light show pourrait aisément être associé à un culte dionysiaque tant il est une invitation pour le public, à communier avec les musiciens à la création cosmique par l’ivresse, l’envoûtement des sens, le plaisir infini de danser en transe pendant des heures durant, avec l’harmonie universelle. Pénétrer ce lieu est comme redécouvrir ce qu’on avait perdu de plus cher : l’instinct de l’amour, de la joie, de la paix; en somme, l’instinct de vivre son existence. »

Jaïs Elalouf 

Remerciements à Roxane Rouge et J.C. Bailly

Light-shows psychédéliques de San Francisco, de Eléonore Willot 

Ce livre est une véritable escale dans le temps, un périple au cœur des sixties. De l’avènement du rock’n’roll à la découverte du LSD, en passant par la Beat Generation, il restitue pour la première fois l’authentique histoire du psychédélisme aux États-Unis.

En purifiant les Portes de la Perception, ces jeunes rock’n rollers ont allumé le mythe du Light-Show. Ce n’est ni une simple histoire de drogues, ni une simple histoire de contre-culture. C’ est bien plus que cela. Et, c’est dans l’analyse profonde de cet art que l’on peut enfin comprendre ce qui a amené toute une génération à flotter sur les rives de l’acide lysergique.

Wheels of Light : Designs for British Light Shows 1970-1990, de Kevin Foakes  

Ce livre est un hommage lumineux à un pan trop méconnu de la contre-culture britannique. Du psychédélisme abstrait aux planètes extraterrestres, Wheels of Light offre un panorama de la créativité et de l’inventivité d’une génération.

Des peintures colorées et des motifs kaléidoscopiques étaient projetés dans les salles de spectacle, des panoramas peints de 360 degrés tournaient lentement dans des projecteurs, ne montrant qu’une partie de l’image à la fois. Le livre Wheels of Light présente les visuels réalisées par les principales compagnies de projection qui ont émergé au Royaume-Uni, notamment Optikinetics, Pluto and Orion, et raconte leur histoire. Des œuvres abstraites aux visions de l’espace, les designs de ces projections rotatives sont un reflet de la vitalité et de la fantaisie d’une époque.

Kevin Foakes est un graphiste sous le nom de Open Mind. Aussi connu en tant que DJ Food (Ninja Tune) et collectionneur qui crée des environnements sonores et lumineux immersifs avec Pete Williams sous le nom de Further.

Le livre Light-shows psychédéliques de San Francisco : https://www.amazon.fr/Light-Shows-Psych%C3%A9d%C3%A9liques-San-Francisco-Rock/dp/2343009708/ref=tmm_pap_swatch_0?_encoding=UTF8&qid=1683127963&sr=8-1

Le livre Wheels of Light : Designs for British Light Shows 1970-1990 : https://www.amazon.fr/Wheels-Light-Designs-British-1970-1990/dp/190982920X/ref=sr_1_1?__mk_fr_FR=%C3%85M%C3%85%C5%BD%C3%95%C3%91&crid=OJPOBVYPL2UU&keywords=Wheels+of+Light+%3A+Designs+for+British+Light+Shows+1970-1990&qid=1683128004&sprefix=wheels+of+light+designs+for+british+light+shows+1970-1990%2Caps%2C117&sr=8-1

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Jaïs Elalouf

Journaliste spécialisé en psychédélisme, art et musique, fondateur de Lucydelic

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