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1966-67 : les raretés musicales psychédéliques mondiales

3 juin 202618 min read

Le contexte politique et social a complètement chamboulé le monde, sans épargner la musique ! Et les bonnes choses ne se sont pas arrêtées à la frontière californienne. En 1966-67, la vraie déflagration psychédélique n’a pas eu besoin de passeport pour faire fondre les tympans du monde entier ! La planète entière s’est mise à brancher des guitares fuzz sur du courant alternatif. Ajustez vos chakras et ouvrez grand votre troisième œil, et découvrez une quinzaine de pépites internationales que votre algorithme ne vous montrera jamais.

 

1. Os Mutantes (Brésil 🇧🇷)

pochette Os Mutantes 1966

Originaires de São Paulo, Rita Lee et les frères Baptista bousculent la dictature brésilienne avec un cocktail sonore détonnant. Ils inventent le “Tropicalia”, fusion entre la samba traditionnelle et un rock psychédélique totalement saturé. Pour se faire, ils utilisaient des pédales de distorsion DIY qui sonnaient comme des insectes géants.

Arnaldo Baptista confiait d’ailleurs au Guardian en 2007 : « Nous ne cherchions pas à être modernes, nous étions simplement libres ». Cette audace créative a plus tard fasciné Kurt Cobain, prouvant que leur héritage dépasse largement les frontières du Brésil.

 

2. Ravi Shankar – Sound of the Sitar (Inde 🇮🇳)

Ce n’est pas du rock, mais c’est l’album que tous les rockeurs de 66, dont George Harrison, écoutaient en boucle pour apprendre à planer.

C’est le moment où le guitariste des Beatles devient l’élève du maître indien, propulsant ainsi un instrument millénaire au sommet des charts mondiaux. L’album capture ce moment où la spiritualité orientale percute de plein fouet la pop culture. L’artiste rappelait d’ailleurs avec sagesse que « la musique est une forme de prière » (My Music, My Life, 1968). C’est une immersion hypnotique dans l’art complexe de l’improvisation, loin des formats radios classiques de l’époque. Ce chef-d’œuvre reste la passerelle sonore entre la rigueur ancestrale et l’émancipation psychédélique du Summer of Love.

 

3. The Mops – Psychedelic Sounds In Japan (Japon 🇯🇵)

Alors que le pays est en pleine effervescence, “Group Sounds”, une bande de jeunes chevelus décide de troquer les mélodies lisses pour des distorsions venues d’ailleurs.

 

Bien que leur label les pousse vers un look de boys band, le groupe préfère explorer des textures sonores étranges. Inspirés par les Yardbirds, ils réussissent à importer l’esthétique hippie au pays du soleil levant. Une fois joué, ce disque délivre une énergie brute et candide. Une fusion improbable entre garage rock et mysticisme oriental, totalement précurseur pour l’underground nippon.

 

4. Los Shakers – Shakers for You (Uruguay 🇺🇾) – octobre 1966

Souvent comparés aux Beatles de Montevideo, ces quatres musiciens bousculent les codes de la pop mondiale.  L’album “Shakers for You” marque une rupture nette avec leurs débuts purement “merseybeat”. Ce disque audacieux propose une fusion incroyable entre pop britannique et rythmes sud-américains novateurs. On y découvre des expérimentations sonores et des structures complexes qui annoncent le futur du genre. Visionnaires, ils remplissaient des stades en Amérique du Sud pendant que le reste du monde regardait vers Londres.

 

pochette d'album los shakers, shakers for you

5. Los York’s – Los York’s 67 (Pérou 🇵🇪)

 

Le Pérou était une plaque tournante du garage-psyché en Amérique latine. Cet album est une explosion d’énergie brute, portée par la voix hurlante de Pablo Luna et de guitares “fuzz” (distordues). C’est sauvage, c’est en espagnol, et ça montre que Lima n’avait rien à envier à Londres en termes de rébellion sonore. C’est un condensé de rébellion juvénile aux accents garage, une véritable explosion sonore qui témoigne avec fougue de l’effervescence musicale sud-américaine et de son appropriation radicale des codes du rock de l’époque.

 

6. The Monks – Black Monk Time (Allemagne 🇩🇪/USA 🇺🇲) – mars 1966

En 1966, cinq ex-GIs basés en Allemagne, crânes rasés en tonsures de moines, décident de créer un son radical et hypnotique. Loin des mélodies sirupeuses, ils utilisent un banjo électrique saturé pour jouer un garage-rock minimaliste. Leur unique album, “Black Monk Time”, pose alors les bases du punk et du krautrock. Ce disque minimaliste reste une expérience sonore avant-gardiste et étrangement addictive, qui a influencé Jack White ou les Beastie Boys. Sur scène, ils portent des cordes de pendus autour du cou. Un soir, un spectateur a même essayé de les étrangler avec leurs propres accessoires ! Un film documentaire leur est même dédié, découvrez-en la bande-annonce ici : 

Leur énergie primitive et abstraite, ainsi que la répétition rythmique, définissent l’essence même de l’avant-garde psychédélique.

 

Pochette d'album Black Monk Time du groupe The Monks (1966)

 

7. The Hykkers – I Want a Break Thru (Nigeria 🇳🇬) – 1967

Bien avant l’Afrobeat de Fela Kuti, le Nigeria avait une scène “Garage” bouillonnante. The Hykkers étaient les rois du genre. Ce morceau est une perle de rock psychédélique africain, avec un rythme syncopé et une urgence punk avant l’heure. Avec ce single percutant, The Hykkers délivrent un rock garage crasseux et urgent, infusé de R&B. La section rythmique et l’énergie fiévreuse du morceau illustrent la vitalité féroce des clubs de Lagos, où une jeunesse créative s’emparait des guitares électriques pour les faire transpirer au rythme des nuits ouest-africaines.

 

8. Jacques Dutronc – Jacques Dutronc (France 🇫🇷) – octobre 1966

Pochette d'album jacques Dutronc 1966

 

Le succès est immédiat, Jacques Dutronc vient de préparer le terrain pour le psyché-pop bleu blanc rouge. Même si ce n’est pas un “album psychédélique” pur, il illustre bien la transition vers des sonorités plus colorées et décalées dans la scène française.

 

La France entre dans le jeu. Un dandy parisien troque sa guitare de studio pour une rencontre avec la guitare fuzz. Ce premier album éponyme, porté par le tube “Et moi, et moi, et moi”, dynamite les codes de la variété française. Accompagné par les textes acides de Jacques Lanzmann, l’artiste impose son ironie et des arrangements résolument modernes. On est immergé dans un univers surréaliste, composé de playboys, de cactus et d’une obsession pour les chiffres qui tournent en boucle. 

9. The Guess Who – It’s Time (Canada 🇨🇦) – juin 1966

Avant de devenir des stars mondiales, ils tâtonnent déjà dans les sons réverbérés du Grand Nord (le psyché des plaines). À ce moment, la bande de Winnipeg n’est pas encore la machine à tubes planétaire de “American Woman”. Mais c’est l’année qui marque un tournant dans leur carrière : ils quittent le confort des reprises pour forger leur propre identité. Bien que canadiens, ils infusent alors la scène rock d’une ferveur électrique typiquement britannique. Cet opus charnière mélange habilement des mélodies pop à des guitares qui commencent sérieusement à grésiller. 

Le groupe impose un style nerveux précurseur des futures expérimentations. Quant aux collectionneurs, ils s’arrachent aujourd’hui les pressages originaux de ce disque audacieux.

 

10. Q65 – Revolution (Pays-Bas 🇳🇱) – 1966

En 1966, la scène “Nederbeat” de La Haye accouche d’une créature sauvage bien loin du Flower Power londonien. Ce quintet néerlandais aux cheveux sales préférait lacérer le blues avec une urgence punk avant l’heure. “Revolution”, leur premier effort longue durée, capture ainsi une énergie brute de décoffrage. Logique, quand on sait que l’enregistrement s’est fait dans un chaos créatif total, typique de l’époque. 

« Nous ne savions pas ce que nous faisions, mais nous le faisions fort » (Joop Roelofs, Ugly Things, 2002). 

 

pochette d'album Revolution du groupe néerlandais Q65

 

Porté par le tube “The Life I Live“, ce disque incarne le son viscéral, à la limite de l’inquiétant, du garage-rock européen le plus radical. Cet album reste un pilier de la culture garage européenne pour tous les amateurs de sensations fortes.

 

11. The Creation – Making time (single) (UK 🇬🇧) – juin 1966

Nés des cendres de The Mark Four, ce groupe de mod-rockers furieux ont repeint le rock à coups de bombes aérosols et de larsens. Bien avant Jimmy Page, le guitariste Eddie Phillips frottait déjà ses cordes avec un archet de violon pour créer un mur de son hurlant. Cette technique définit leur identité expérimentale. Sous la houlette du producteur Shel Talmy, le single “Making Time” (oui, on a triché) injecte une dose de pop-art sauvage sur la scène britannique de 1966. Ce titre, regroupé un an plus tard sur l’album “We Are Painterman”, affole aujourd’hui les compteurs. The Creation a inventé un psychédélisme urbain et nerveux, transformant chaque riff en une performance graphique indélébile.

 

12. The Music Machine – (Turn on) The Music Machine (USA 🇺🇲) – 1966

Cinq silhouettes vêtues de noir, et gantées d’un seul cuir. Ce look minimaliste visait à marquer les esprits avant même la première note. Et pour cause, ils sont venus enfiévrer Los Angeles avec un orgue Farfisa saturé. Loin de l’insouciance hippie, ce groupe impose un garage-psyché sombre mené par le perfectionniste Sean Bonniwell. L’album est propulsé par le tube planétaire “Talk Talk”, déployant une agressivité inédite. Leur musique reste un pont direct entre le psychédélisme sombre et l’énergie punk, marquant l’histoire de la culture alternative.

 

13. Mulatu Astatke – Afro-Latin Soul, Vol. 1 & 2 (Éthiopie 🇪🇹) – 1966

Avant de devenir le père de l’Ethio-jazz, Mulatu a enregistré ces albums à New York en 1966. On y trouve des prémices psychédéliques dans les arrangements de vibraphone et les structures hypnotiques. C’est le point de rencontre parfait entre l’Afrique, le jazz et l’expérimentation sonore de l’époque. Ces disques tissent des toiles instrumentales, où son vibraphone ensorcelant navigue sur des rythmiques afro-cubaines. C’est un groove lent, vaporeux et mystérieux : une approche jazz et latine du “voyage” sonore qui s’inscrit parfaitement dans la quête d’expansion de conscience de 1966.

14. Erkin Koray – Anma Arkadaş (Turquie 🇹🇷) – 1967

Considéré comme le père du “Rock Anatolien” et pionnier de la guitare électrique dans son pays, Erkin Koray commence dès 1967 à mélanger les mélodies traditionnelles turques avec des guitares électriques psychédéliques. Ce single pose les bases d’un genre unique au monde, mélangeant mysticisme oriental et électricité occidentale. En branchant le patrimoine musical turc sur des amplis saturés, il crée un pont inédit entre l’Orient et l’Occident. Le titre offre une expérience auditive à la fois mystique, lancinante et totalement avant-gardiste.

 

15. The Matadors – Get Down from the Tree (Tchécoslovaquie 🇨🇿) – 1967

Passer derrière le Rideau de Fer en 1967 n’était pas simple, mais ce groupe praguois a réussi à capturer l’essence du son “mod” et psychédélique. C’est du rock puissant, chanté en anglais, qui prouve que la jeunesse de l’Est bouillonnait autant que celle de l’Ouest et qu’elle avait soif de saturation, de “freakbeat” et de liberté. Ce morceau des Matadors est un joyau caché de la scène underground. C’est la preuve éclatante que le rock ‘n’ roll transcendait les frontières politiques de la Guerre Froide.

 

16. Illés – Az utcán (Hongrie 🇭🇺) – août 1966

Si vous cherchez le point de départ du rock en Europe de l’Est, frappez à la porte d’Illés. En 1966, alors que la Hongrie est toujours sous le joug du bloc soviétique, ce groupe accomplit un miracle : ils refusent de chanter en anglais. À la place, ils marient l’énergie frondeuse de la British Invasion et l’esthétique psychédélique avec leur langue natale et des influences folkloriques hongroises. Avec Az utcán (“Dans la rue”), Illés sort un hymne à la liberté de la jeunesse de Budapest. C’est du beat-rock pur jus, joyeusement rebelle, et le chant hongrois lui donne une texture sonore absolument fascinante et dépaysante.

Ils marient l’énergie rebelle du rock naissant avec l’ADN des mélodies folkloriques locales. C’est frais, c’est politiquement gonflé pour l’époque (le label d’État Qualiton n’y a vu que du feu), et la musicalité de la langue magyare posée sur des guitares électriques donne au morceau une saveur délicieusement mystique et dépaysante. Un pur trip au cœur du bloc de l’Est !

 

 

Bref, vous l’aurez compris : en 66-67, le psychédélisme était une délicieuse épidémie qui a contaminé le globe bien au-delà de l’Occident. Même si la grande Histoire a parfois débranché violemment les amplis de certains de ces génies, leurs morceaux continuent de planer dans notre atmosphère comme des ovnis musicaux. Le monde est vaste, le groove est éternel, et le chaos de 1966 ne se limite pas qu’à la musique ! Continuez d’explorer notre dossier spécial, en plongeant dans cette année révolutionnaire. 

 

 

 

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