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Mais au fait, c’est quoi la musique psychédélique ? 

5 août 202621 min read

1966, année de naissance de la musique psychédélique. C’est le moment où la technologie rattrape les rêves, et cela commence dans les studios d’Abbey Road ou du Fillmore. L’invention de la distorsion, du feedback et du multi-piste permet enfin de mettre sur disque ce qu’on entend dans sa tête après trois jours sans dormir. C’est l’année où le studio de mixage devient un instrument de musique, au même titre que la guitare. C’est l’année où l’on passe de la “chanson” (un truc qu’on siffle) à “l’expérience” (un truc qui te retourne le cerveau). On fabrique une autre forme de résistance : l’évasion par le son.

Les 4 piliers du son “Psyché”

Voici les quatre piliers de la “Psychedelia”, à combiner pour une réelle déconstruction de la réalité. Si tu veux sa définition “Gonzo”, la voilà : c’est de la musique qui essaie de reproduire visuellement et sensoriellement un voyage intérieur. C’est une tentative de synesthésie — voir les sons, entendre les couleurs.

  1. Le bouleversement de la structure : On veut des morceaux qui durent une éternité, des répétitions hypnotiques qui te font perdre la notion du temps pour mieux voyager.
  2. L’imagerie onirique : Les paroles ne résonnent plus comme un “I love you” permanent, mais parlent de jardins de verre, de morses en plastique et de voyages au centre de l’atome.
  3. L’expérience sensorielle totale (synesthésie) : On veut que l’auditeur se sente à l’intérieur de la note, et ce grâce à la stimulation de plusieurs sens en même temps
  4. L’expérimentation : Pour introduire des micro-tons que l’oreille occidentale ne connaît pas, créant un sentiment de désorientation divine
Jimi Hendrix Voodoo Child by Jeff Hopp (disponible sur le shop Lucydelic)

La dissolution des structures traditionnelles

Contrairement au classique “couplet-refrain” de 2min30, la musique psychédélique préfère l’exploration des improvisations prolongées. Là, elle dissout les structures traditionnelles et dilate le temps. C’est le passage de la “chanson” à “l’expérience”. Les morceaux peuvent durer 10 ou 20 minutes. Par exemple, le titre Going Home des Rolling Stones (sur l’album Aftermath). 11 minutes de jam. À l’époque, les patrons de labels ont failli faire une attaque cardiaque. “Qui va écouter ça ?” Tout le monde, mec. Tout le monde.
On joue également sur les modulations complexes. Les changements de rythme et de tonalité sont fréquents, et visent à désorienter l’auditeur pour mieux l’immerger.

 

 Le lyrisme surréaliste et symbolique 

Les paroles ne racontent plus seulement des histoires d’amour, elles explorent l’esprit et l’univers. Les thèmes les plus récurrents sont les rêves, l’ésotérisme, la science-fiction, la métaphysique et, bien sûr, l’expérience des psychédéliques. Ils sont évoqués via des métaphores abstraites et des images riches en couleurs, qui sollicitent l’imagination visuelle de l’auditeur. Un des morceaux lyrique culte est le fameux Lucy in the Sky with Diamonds des Beatles.

 

La synesthésie

Un des piliers est le lien entre le son et le visuel, en perpétuelle communication afin de mieux connecter les sens. Le but est de provoquer une synesthésie, où l’auditeur a l’impression de “voir les sons” ou de “sentir les couleurs”. Comment ? D’abord, il y a les “Light Shows“. Historiquement, les concerts de rock psychédélique étaient indissociables des projections de liquides colorés et de stroboscopes. Et maintenant, penchons nous sur les effets sonores.

 

L’expérimentation sonore et technologique

Avant, si ta guitare grésillait, l’ingénieur du son faisait une attaque. En 66, on cherche à recréer toute forme d’hallucination auditive. D’abord, on vient jouer sur les effets, de studio ou instrumentaux. Les effets de studio sont marqués par une utilisation massive de :

  • Réverbération, pour simuler la persistance sonore d’un lieu. La réverbération crée une “traîne” sonore diffuse et complexe, qui donne une sensation d’espace et de profondeur.
  • Délai, cousin de la réverbération en plus discipliné. Pour faire simple, c’est créer de l’écho. Oui, le même que celui que vous entendez en criant dans une montagne.
  • Phasing, qui crée un décalage temporel entre les voix.
John Lennon, Strawberry Fields by Jeff Hopp (disponible sur le shop Lucydelic)
  • Flanging (effet de modulation du son), pour donner une sensation de mouvement et d’espace infini.
  • Panning : le son qui passe de l’oreille gauche à l’oreille droite. En 1966, avec l’arrivée de la stéréo grand public, les ingénieurs du son s’amusaient à faire voyager un son d’une oreille à l’autre (effet de balayage). Cela permettait l’immersion, en créant une sensation de mouvement ou de vertige.

Les effets instrumentaux sont divers, voici les principaux observés : 

  • Distorsion (ou fuzz) : on veut que la guitare sature pour sonner comme un saxophone enragé.
  • Feedback : on laisse le monstre à cordes hurler face à l’ampli. C’est le son du chaos maîtrisé.
  • Reverse Tape : retournons les bandes magnétiques : le son commence par sa fin. C’est la musique de Tomorrow Never Knows, une sensation de temps qui remonte. 

Les instruments 

Dans un contexte de décolonisation et de valorisation des pays “orientaux”, des instruments aux sonorités “d’ailleurs” vont être intégrés. CF lien interne principal

 Voici notre sélection des dix instruments les plus bizarres ayant fabriqué le son de 1966 :

  • La cabine Leslie (The Beatles) : à la base pour les orgues. C’est un haut-parleur physique qui tourne dans une boîte en bois. Lennon y a fait passer sa voix pour qu’elle sonne comme si elle venait du sommet d’une montagne.
  • Le clavioline (The Beatles) : un ancêtre du synthé monophonique utilisé sur Baby, You’re a Rich Man. Un son de trompette nasillarde et acide.
  • Le sitar (The Beatles, The Stones) : l’instrument roi de 66. Ce n’est pas juste une guitare avec beaucoup de cordes, c’est un instrument qui utilise des cordes sympathiques pour créer un bourdonnement mystique qui rappelle le son de l’univers.
  • L’electric jug (13th Floor Elevators) : une simple cruche en terre cuite avec un micro placé devant l’embouchure. Tommy Hall ne soufflait pas dedans, il émettait des sons saccadés avec sa gorge. Le résultat ? Un battement de cœur extra-terrestre constant.
  • Le marimba (The Rolling Stones) : Brian Jones utilise ce xylophone d’Amérique centrale sur Under My Thumb. C’est ce qui donne ce côté “pop tropicale sombre” aux Stones de 66.
  • L’archet de violon sur guitare (The Creation) : bien avant Jimmy Page, Eddie Phillips utilisait un archet pour faire gémir sa guitare électrique et créer des nappes de son continues.
  • Le thérémine (The Beach Boys) : Utilisé sur Good Vibrations. On n’y touche pas. On déplace ses mains dans l’air entre deux antennes. C’est le son du “fantôme dans la radio”.
  • Le banjo électrique (The Monks) : Un instrument traditionnellement folk, branché dans des amplis saturés pour créer un son percutant et agressif, totalement décalé.

L’invasion des machines

On croit souvent que le psychédélisme n’est fait que de guitares. C’est faux. 1966 est l’année où l’électronique rudimentaire sort du labo de Frankenstein et s’invite dans la pop. Les 33 tours voient le jour, et permettent de jouer sur leurs deux faces le son, produit de studios bricolés. La musique se professionnalise, doucement mais sûrement.

Les premières boîtes à rythmes : La Seeburg Select-A-Rhythm, ancêtre du “beat”, apporte une répétitivité non-humaine. Oublie les boîtes à rythmes de la techno. C’est un meuble qui produit des sons de percussions basiques (kick, snare, hi-hat) destinés aux orgues de salon. Des groupes comme The Silver Apples (formés fin 66) ou des bidouilleurs de studio commencent à détourner ces rythmes mécaniques pour créer une transe robotique, préfigurant le Krautrock et l’électro. C’est l’idée que l’humain peut fusionner avec la machine pour atteindre l’extase.

Le Moog et les monstres modulaires : Robert Moog commence à peine à vendre ses premiers modules. Ce ne sont pas encore des claviers portables, mais des armoires remplies de câbles.  C’est le début du son “spatial”, cette nappe de fréquences qui semble flotter au-dessus de la musique.
Pour l’anecdote, Mick Jagger en achètera un (qu’il ne saura jamais utiliser et vendra à Tangerine Dream). Puis, les Beatles commenceront à loucher sur ces sons qui ne ressemblent à rien de naturel.

La rédaction de Lucydelic vous conseille un groupe phare, qui combine à la perfection ces quatres gros piliers : Pink Floyd, évidemment. À cette période, Syd Barrett, Roger Waters, Nick Mason et Rick Wright sont les rois de l’underground. En 1966, ils enregistrent une version de 16 minutes de “Interstellar Overdrive” pour le film-documentaire “Tonite Let’s All Make Love in London”. Syd Barrett utilise un briquet Zippo sur les cordes de sa Telecaster pour créer des sons de décollage de soucoupe volante. Anecdote vérifiée : Lors de leurs premiers concerts en 66, ils utilisaient des projecteurs de diapositives remplis de mélanges d’huile et d’encre colorée. Ceux-ci chauffaient et explosaient, créant des visuels liquides organiques. C’était tellement sensoriel que certains spectateurs pensaient que les murs fondaient.

 

La naissance de l’acid rock : pourquoi ça compte  ?

L’acid rock n’est pas mort en 1969 à Altamont. Il vit dans chaque filtre de tes vidéos, dans chaque basse saturée de la Phonk ou de l’Hyperpop. Alors, la prochaine fois que tu écoutes un morceau avec un “drop” massif, souviens-toi d’une chose. En 1966, un mec avec un sitar et une pédale de fuzz était déjà en train de faire exploser les barrières de l’espace-temps. Bienvenue dans l’Acid Rock.

 

Le contexte psychédélique

En 1966, l’acide n’est pas encore une affaire de flics, c’est une affaire de savants et de prophètes. Le LSD-25 est légal aux USA jusqu’au 6 octobre, et c’est dans cette faille spatio-temporelle que l’acid rock a poussé comme un champignon après la pluie.

Tout commence avec un bus scolaire repeint aux couleurs du cosmos, nommé Further. Dedans, une bande de joyeux drilles, les Merry Pranksters, menés par l’écrivain Ken Kesey (l’auteur de Vol au-dessus d’un nid de coucou). En 1966, ils organisent les Acid Tests à travers la Californie. Le concept ? Tu paies un dollar, tu bois un punch “spécial” (chargé en LSD pur produit par le chimiste Owsley Stanley) et tu entres dans un hangar noir, éclairé par des stroboscopes, de la peinture fluorescente et proposant des micros ouverts. 

Mais les médias s’intéressent de plus en plus à ce nouveau concept. D’abord curieux, la presse devient vite alarmiste, décrivant ces événements comme des orgies de drogue et de décadence. Cela a contribué à la diabolisation du LSD avant son interdiction.

Grateful Dead’s (disponible sur le shop Lucydelic)

C’est là, au milieu de ces tests de réalité, qu’un groupe de bluegrass, les Warlocks, sont devenus les Grateful Dead. Les membres apprennent à jouer des jams pendant six heures pour accompagner les trips des participants. Sans Kesey, la musique de 1966 n’aurait pas eu cette dimension communautaire et exploratoire, incarnant un mode de vie à part entière.

 

On ne peut pas se contenter de mentionner Owsley “Bear” Stanley. Plus qu’un ingénieur du son pour le Grateful Dead, il était le plus grand producteur de LSD au monde. En fournissant une substance d’une pureté inégalée à toute la scène musicale de la Baie (Jefferson Airplane, Quicksilver Messenger Service), les musiciens voyaient littéralement les notes sortir des enceintes. Cela a directement influencé la structure même de leur musique, qui devient “trippante”. L’acid rock est donc né de cette interaction entre une chimie pure et une électricité sauvage.

Les pionniers

C’est l’année où le Red Dog Saloon au Nevada et le Fillmore à San Francisco deviennent les temples de cette nouvelle religion sonore. Les 13th Floor Elevators au Texas apportent une touche plus sombre et agressive, mais c’est à San Francisco que le genre trouve son âme communautaire.

L’acid rock est le premier genre musical conçu pour être écouté dans un état de conscience modifié. Ce n’est plus de la distraction, c’est un sacrement. Quand Grace Slick rejoint Jefferson Airplane fin 66, elle apporte avec elle “White Rabbit”, le premier tube grand public qui décrit explicitement un voyage sous acide. Le rideau est levé, le monde ne sera plus jamais en noir et blanc.

Le genre musical

L’acid rock est un sous-genre du rock psychédélique qui a émergé au milieu des années 1960, principalement sur la côte ouest des États-Unis (San Francisco). Si le rock psychédélique peut parfois être rêveur et mélodique, l’acid rock est son cousin plus bruyant, sauvage et expérimental. Le terme fait directement référence au LSD (surnommé “acid“), la musique cherchant à reproduire ou à accompagner les effets sensoriels de cette substance.

 

Pour reconnaître l’acid rock, cherchez de longues improvisations avec des paroles abstraites, des amplis poussées au volume max, et des effets de distorsion et de feedback. Certains groupes sont emblématiques de ce sous-genre : The Jimi Hendrix Experience, The Grateful Dead, Jefferson Airplane, Iron Butterfly...

Ils ont d’ailleurs servi de pont crucial dans l’histoire de la musique. 

En poussant le volume et la distorsion à l’extrême, cela a directement donné naissance au Heavy Metal (avec des groupes comme Deep Purple, Black Sabbath ou Led Zeppelin) et, plus tard, au Stoner Rock et au rock progressif. Le mouvement connaît son climax lors du festival de Woodstock en 1969. Son succès s’étend toutefois pendant les années 1970, représenté par Queen, ELP, Genesis et même Supertramp. Finalement, subsiste une marque indélébile de cette ère où musique et contre-culture ne faisaient qu’un.

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