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Le tissage d’Olga de Amaral est un acte de révolution. Fondation Cartier jusqu’au 16 mars 2025

1 janvier 20256 min read

La Fondation Cartier pour l’art contemporain présente une rétrospective fascinante d’Olga de Amaral, pionnière colombienne du Fiber Art. Ses créations mêlent fils d’or, paysages intérieurs et héritages précolombiens. Amaral repousse les limites de l’art textile. Cette exposition immersive explore une œuvre monumentale, riche de résonances universelles, au carrefour des cultures et des époques.

 

Dès l’entrée, la rétrospective annonce la couleur – dorée, pour commencer. Près de quatre-vingts œuvres, certaines inédites en dehors de la Colombie, dévoilent l’immense diversité de cette artiste. Mais que l’on ne s’y trompe pas : ici, le textile ne se cantonne pas à l’ornement. Chez Olga de Amaral, le tissage est un acte de révolution.

 

Des brumes aux stèles : des œuvres qui habitent l’espace

L’exposition met en avant les séries Estelas et Brumas, inspirées des paysages de l’enfance colombienne d’Olga de Amaral. Les Estelas, débutées en 1996, sont des monuments dorés en coton tissé, recouverts de peinture et d’or. Leur rigidité sculpturale rappelle le kintsugi japonais, un art de réparation sublimée, influencé par la céramiste Lucie Rie.

Les Brumas, commencées en 2013, suspendent le visiteur dans une pluie brumeuse de fils et de couleurs. Ces œuvres légères, qui oscillent doucement dans l’espace, invitent le visiteur à se perdre dans leurs motifs géométriques, comme dans un rêve éthéré.

 Une carrière à travers des matières qui défient le temps

Depuis les années 1960, Amaral tricote, noue, entremêle des fils de lin, de coton et même de crin. Elle les enduit de gesso, de feuilles d’or ou de palladium pour les faire vibrer de lumière. Sous ses doigts, le textile devient presque vivant. Ils débordent des cadres pour se muer en véritables sculptures tridimensionnelles. Inspirée par l’art précolombien et le modernisme qu’elle découvre à la Cranbrook Academy of Art aux États-Unis, Amaral n’a jamais cessé de repousser les limites. Les commissaires Marie Perennès et Aby Gaye orchestrent cette rétrospective pour que chaque pièce murmure une histoire de liberté créative.

 

 Une exploration artistique entre modernité et traditions

De retour en Colombie en 1955 après sa formation à la Cranbrook Academy, Olga de Amaral allie savoir-faire textile local et techniques modernes. Les paysages colombiens – hauts plateaux, vallées, plaines tropicales – imprègnent son œuvre. Chaque fil et chaque nœud évoquent l’âme de ces terres, mêlant continuité culturelle et émotion. Avec elle, l’art colombien se réinvente en une dimension visuelle et patrimoniale nouvelle.

 

L’audace de l’art textile, une réponse aux conventions

Au-delà des matériaux et des couleurs, l’art d’Olga de Amaral se veut aussi politique. À une époque où le textile est perçu comme un art décoratif “féminin”, Amaral impose des œuvres abstraites, monumentales, refusant toute catégorisation. Ses pièces, ni tout à fait sculptures ni tout à fait peintures, rompent avec les codes traditionnels de l’art et nous plongent dans des paysages sensoriels qui défient le statu quo.

Un hommage à une artiste visionnaire

Aujourd’hui célébrée comme une des grandes figures de l’avant-garde du Fiber Art, Amaral n’a jamais cessé d’innover, influençant des générations d’artistes. Avec des œuvres conservées au MoMA, à la Tate Modern, ou encore à l’Art Institute of Chicago, elle est devenue une référence mondiale, une “Visionary Artist” pour le Museum of Art and Design de New York. En 2021, le Museum of Fine Arts de Houston lui consacre une exposition majeure, confirmant son rôle dans cette révolution textile qui ne fait que commencer.

Cette rétrospective à la Fondation Cartier n’est pas seulement une exposition ; c’est une plongée dans un univers où le textile s’affranchit des frontières, où les fils d’or parlent de terres et de mémoires. À la fois hommage et manifeste, elle redonne ses lettres de noblesse à une artiste qui, depuis des décennies, tisse et tresse, sans jamais se laisser enfermer.

 

Marine Légé 

Toutes les photos ont été réalisées par ©Christine Ascione 

 

Informations pratiques : 

Fondation Cartier pour l’art contemporain 

261, Boulevard Raspail 75014 Paris, France 

 

Horaires d’ouverture 

Tous les jours de 11h à 20h, sauf le lundi. 

Nocturne le mardi, jusqu’à 22h. Fermeture des salles à 19h45 (21h45 le mardi). 

Fermeture exceptionnelle les 25 décembre 2024 et 1er janvier 2025. 

Fermeture anticipée à 16h les 24 et 31 décembre 2024.

 

PRIX : 11 euros / TR : 7,00 euros

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