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Guide Lucydelic du cannabis

18 juin 202665 min read

Nous célébrons aujourd’hui les cinquante ans de l’Appel du 18 joint 1976. Renommé ainsi après qu’une bande d’intellectuels et d’artistes aient publié dans Libération un texte réclamant la dépénalisation du cannabis, cette date est devenue clé. Plongeons ensemble dans l’histoire de cette substance qui fait couler de l’encre et enfume les rues. Découvrez toutes les folles utilisations du chanvre et la galaxie de variétés du cannabis. Rentrez dans le monde du haschich, de la marijuana et du CBD, à travers leurs modes de consommation, leurs effets et leurs risques. Enfin, immergez dans l’état des lieux particulier de sa législation dans le monde et ses avancées scientifiques.

 

Cet article est à visée informative uniquement et n’est en aucun cas une incitation à la consommation. Le cannabis est une substance illégale en France, sa possession, sa consommation et sa distribution sont passibles de sanctions pénales.

Une plante vieille comme le monde

Le cannabis accompagne l’humanité depuis des millénaires. Il s’agit d’une plante marquée par le principe actif du THC, à l’origine de la plupart de ses effets psychoactifs et euphorisants. En Chine ancienne, cette plante servait déjà de médecine. En effet, dès 2700 av. J.-C. (selon la tradition orale du traité médical Shennong Bencao Jing), la plante était prescrite contre les rhumatismes et le paludisme. En Inde, elle nourrit des pratiques spirituelles. Entre 2000 et 1400 av. J.-C., les textes sacrés hindous (du nom de Atharva Veda) classent le cannabis parmi les cinq plantes sacrées libératrices d’anxiété. Le dieu Shiva, intimement lié à cette plante, est d’ailleurs surnommé « Le Seigneur du bang ». Au Moyen Âge, le chanvre devient un matériau stratégique pour fabriquer cordages et voiles de navires. Sans cannabis textile, difficile d’imaginer les grandes explorations maritimes.

La sphère littéraire a aussi été de la partie. Entre 1844 et 1849, des écrivains, peintres et scientifiques se réunissaient secrètement sur l’île Saint-Louis à Paris pour explorer les états modifiés de conscience grâce à la consommation de cannabis. On les appelait le Club des Haschischins. Parmi eux on retrouvait Théophile Gautier, Alexandre Dumas, Victor Hugo ou encore Honoré de Balzac. On comptait également Baudelaire, dont les expériences ont inspiré son ouvrage Les Paradis artificiels en 1860. Dedans, il décrit avec une précision clinique les hallucinations, les fous rires et les distorsions du temps.

lithographie cannabis sativa
Canablis, Rick Griffin, 1967. Affiche en lithographie. Publicité pour une marque de pipe et tabac. (Collection Elalouf)

Au XXe siècle, la prohibition américaine change brutalement l’image de la plante. Aux États-Unis, le cannabis est associé aux musiciens de jazz, aux immigrés mexicains et aux mouvements contestataires. Retrouvez plus bas notre analyse de la propagande américaine anti-cannabis. La répression devient aussi culturelle et raciale. La France importe ensuite cette vision sécuritaire.

Le cannabis devient un fantasme politique autant qu’une substance. On le transforme en menace sociale absolue.

 Le chanvre ou le cousin discret du cannabis

Quand on parle de cannabis, beaucoup imaginent immédiatement un joint ou une résine de haschich. Pourtant, le chanvre fait partie de la même famille botanique. En réalité, le chanvre et le cannabis sont issus de la même espèce, Cannabis sativa L.. La principale différence réside dans leur composition chimique. Le chanvre industriel contient des quantités très faibles de THC, la molécule responsable des effets psychoactifs, tandis que certaines variétés de cannabis ont été sélectionnées au fil du temps pour en produire davantage. Le chanvre ne fait pas “planer”. C’est avant tout une matière première, une plante agricole cultivée depuis des milliers d’années pour ses fibres, ses graines et ses nombreuses applications industrielles. C’est peut-être l’une des plantes les plus polyvalentes.

Parmi ses usages les plus triviaux et anciens on retrouve : 

  • Textile : vêtements, chaussures, sacs et accessoires ou encore de solides voiles pour bateaux.
  • Papier : fabrication de papier, cartons et emballages recyclables.
  • Construction : cordage, béton de chanvre, isolants thermiques et matériaux écologiques.

Plus récemment, on l’utilise aussi sous d’autres formes :

  • Alimentation : riches en protéines végétales et en oméga (3, 6 et 9) les graines décortiquées, huiles ou farines sont des bijoux nutritionnels.
  • Cosmétiques : crèmes, savons, shampoings et huiles pour la peau.
  • Industrie automobile : certains constructeurs utilisent des fibres de chanvre dans les habitacles et les panneaux intérieurs.
  • Litière animale : très utilisée pour les chevaux, rongeurs et animaux de compagnie.
  • Bioplastiques : développement de matériaux biodégradables et alternatives aux plastiques pétroliers.
  • Agriculture durable : amélioration des sols et captation du carbone atmosphérique, d’autant plus qu’elle nécessite peu d’eau et pousse rapidement.

À l’heure où la transition écologique occupe une place centrale dans les débats, le chanvre apparaît comme une ressource d’avenir. Ironiquement, cette plante longtemps réduite à son image sulfureuse pourrait bien redevenir ce qu’elle fut pendant des siècles : un matériau du quotidien. Entre les murs d’une maison écologique, le tissu d’un t-shirt ou l’emballage d’un produit alimentaire, le cannabis est parfois déjà là… sans que personne ne s’en aperçoive.

 

 

Cannabis, beuh, shit, résine : de quoi parle-t-on exactement ?

Si la beuh est la fleur brute du cannabis, le shit est un produit transformé. Là où la première est simplement récoltée puis séchée, le second résulte d’un travail d’extraction et de compression de la résine naturellement produite par la plante. Pour les non-initiés, il est parfois difficile de s’y retrouver entre la beuh, le shit, la résine ou les nouvelles appellations apparues ces dernières années. Alors pour vous aider à vous y retrouvez, voici d’abord les formes les plus répandues.

  • La fleur (ou “beuh”, “marijuana”, “weed”, “ganja”). Il s’agit des fleurs séchées de la plante femelle. C’est la forme la plus naturelle du cannabis. Elles sont généralement émiettées avant d’être fumées. Leur apparence rappelle de petites têtes végétales vertes couvertes de cristaux.
  • La résine (ou “shit”, “haschich”, “hash”). Obtenue à partir des trichomes, les minuscules glandes résineuses présentes sur les fleurs. Cette matière est ensuite compressée pour former des blocs ou des plaques. Sa couleur varie du blond clair au brun foncé.
  • Les concentrés. Huiles, wax, rosin ou autres extraits très riches en cannabinoïdes. Encore relativement confidentiels en France, ils sont davantage présents dans les pays où le cannabis est légal.

La beuh est généralement associée à des effets plus “cérébraux”, plus dynamiques ou créatifs, notamment lorsqu’elle provient de variétés riches en THC et autres principes stimulants. Le shit, lui, est souvent perçu comme plus relaxant, plus lourd physiquement et parfois plus sédatif.

En réalité, les effets dépendent surtout de la variété utilisée, de sa composition chimique et de la quantité consommée.

Le haschich

Quand on parle de cannabis, on désigne une plante de la famille des Cannabacées, cultivée depuis plusieurs milliers d’années pour ses fibres, ses graines, ses usages médicinaux et ses effets psychoactifs. Pourtant, dans la vie quotidienne, le mot « cannabis » recouvre une multitude de produits aux formes et aux noms différents. 

Acapulco Gold, Impulse publishing, 1967, foil screenprint poster (Collection Elalouf) L'Acapulco Gold est une variété de cannabis Sativa dominante à 80% originaire d'Acapulco au Mexique. Célèbre pour ses effets énergisants et euphoriques, elle est popularisée dans les années 1960 et contient plus de 20% de THC.

    

Pour aller plus loin, en voici d’autres variétés plus spécifiques :

  • Le pollen. Résine peu compressée, souvent plus friable et sableuse. Malgré son nom ce n’est pas le pollen de la plante mais bien une accumulation de trichomes récupérés lors du tamisage.
  • Le “mousseux”. Terme populaire désignant certaines résines blondes et souples, à la texture légère et aérée. Très répandu en Europe, il est souvent associé aux productions marocaines traditionnelles.
  • Le “3x filtré”. Tésine issue de plusieurs étapes de tamisage qui ne conservent que les particules les plus fines. Il est généralement plus homogène et plus concentré que les résines classiques.
  • Le “Frozen”. Technique récente consistant à congeler la matière végétale avant l’extraction des trichomes. Cette méthode permet de mieux préserver les arômes et certains composés de la plante.
  • Le “Dry Sift”. Résine produite par tamisage à sec des fleurs. Cette technique ancestrale est notamment utilisée dans la fabrication traditionnelle du haschich marocain.
La marijuana

Contrairement à la résine, qui est obtenue en extrayant puis en compressant les trichomes de la plante, la marijuana, aussi connue sous le nom de beuh correspond directement aux fleurs séchées du cannabis. Elle n’est donc pas transformée avant sa consommation. Au fil des décennies, cultivateurs et sélectionneurs ont développé des centaines de variétés différentes, chacune possédant ses propres arômes, son apparence et sa réputation. Certaines sont devenues de véritables légendes de la culture cannabique, au même titre que certains cépages dans le monde du vin.

  • Purple Haze. (80% sativa 20% indica) Sans doute la variété la plus mythique. Son nom est devenu célèbre grâce à la chanson de Jimi Hendrix sortie en 1967. 
  • Amnesia Haze. (70% sativa 30% indica) Star des coffee shops néerlandais depuis les années 1990. C’est l’une des variétés les plus répandues en Europe.
  • White Widow. (50% sativa 50% indica) Apparue aux Pays-Bas dans les années 1990, elle doit son nom à la fine couche de cristaux blancs qui recouvre ses fleurs. 
  • Northern Lights. (95% indica 5% sativa) Variété historique dont l’influence se retrouve dans de nombreuses génétiques modernes. Son nom évoque les aurores boréales.
  • Skunk #1. (65% indica 35% sativa) L’une des variétés les plus importantes de l’histoire du cannabis moderne. Le mot « skunk » est parfois utilisé pour désigner la beuh de manière générale dans certains pays.
  • OG Kush. (75% indica 25% sativa) Emblématique de la côte Ouest américaine, elle s’est imposée dans la culture hip-hop et le cannabis californien des années 2000.

 

Derrière le mot cannabis se cache donc un univers beaucoup plus vaste qu’un simple joint. Entre fleur brute, résine artisanale et extraits modernes, la plante a développé au fil des décennies un véritable vocabulaire que les initiés manient parfois comme les amateurs de vin parlent de cépages. Pour le grand public, l’essentiel est surtout de comprendre que tous ces produits proviennent de la même plante, mais qu’ils diffèrent par leur méthode de fabrication, leur concentration et leurs effets potentiels.

 

Indica, sativa, CBD : le cannabis est devenu une galaxie de variétés

Contrairement à la distinction entre beuh et shit, qui concerne la forme du produit consommé, les termes indica et sativa désignent des familles de cannabis. Une fleur de cannabis peut être indica ou sativa, et une résine peut également provenir d’une variété indica ou sativa. En d’autres termes, beuh et shit décrivent le produit, tandis qu’indica et sativa décrivent la plante dont il est issu.

C’est pourquoi aujourd’hui, parler “du cannabis” au singulier n’a presque plus de sens. La plante se décline en dizaines de familles, de profils aromatiques et d’effets différents.

  • Indica → Souvent associée à des effets relaxants et corporels. Idéale pour ralentir le rythme, écouter un album allongé ou regarder le plafond avec beaucoup d’attention.
  • Sativa → Réputée plus stimulante et cérébrale. Elle est souvent liée à une sensation d’énergie, de créativité ou d’euphorie légère.
  • Hybride → Mélange des deux. Certaines tirent vers la détente, d’autres vers l’éveil. C’est la variété la plus commercialisée de nos jours.

   

Image issue de aquaportail.com

Judith Kush écrit d’ailleurs dans Speedball : ” La fleur de la plante sur cannabis sativa est fruitée et ses saveurs florales procurent un high cérébral bien plus récréatif. […] Une bonne sativa peut vous aider à vous réveiller de bon matin de très bonne humeur. […] Le cannabis indica est une sous-espèce du cannabis sativa […] son stone est plus relaxant, plus corporel, et donne une sensation de plénitude. L’indica calme le stress et régule l’humeur.“

Le CBD ou le cannabis qui ne fait pas planer

Depuis quelques années, trois lettres ont envahi les vitrines des centres-villes, les bureaux de tabac et les boutiques bien-être : CBD. Derrière cet acronyme se cache le cannabidiol, l’un des nombreux cannabinoïdes naturellement présents dans la plante de cannabis. Contrairement au THC, la molécule responsable des effets psychoactifs, le CBD ne provoque ni euphorie ni altération majeure de la perception. En d’autres termes, il ne fait pas « planer ». Le CBD est issu de la même plante que le cannabis classique, mais il agit différemment sur l’organisme.

Il a été identifié pour la première fois dans les années 1940, mais son essor commercial est beaucoup plus récent. Son succès repose sur une idée simple : permettre aux consommateurs de profiter de certaines propriétés du cannabis sans rechercher les effets psychotropes du THC. Avec l’assouplissement des réglementations dans plusieurs pays européens, un véritable marché du CBD a émergé à partir de la fin des années 2010. On en trouve partout même en vente libre dans les bureaux de tabac.

molécule CBD

Aujourd’hui il est utilisé dans de nombreux produits : fleurs, huiles sublinguales, infusions, e-liquides, cosmétiques, bonbons ou encore boissons. Certaines personnes l’utilisent pour favoriser la détente, améliorer le confort quotidien ou accompagner des moments de stress passager. D’autres apprécient simplement son aspect rituel, proche de celui du cannabis traditionnel. Le CBD a contribué à banaliser l’image du cannabis auprès du grand public. Pour la première fois depuis des décennies, la plante s’est retrouvée associée aux univers du bien-être, de la relaxation et des psychotropes à la médecine alternative.

Si plusieurs usages thérapeutiques font l’objet d’études ou d’applications médicales encadrées, les autorités sanitaires rappellent régulièrement que le CBD n’est pas un médicament miracle. Son efficacité peut varier selon les individus, les dosages et les produits utilisés. Cette prudence n’a toutefois pas empêché le cannabidiol de devenir l’un des visages les plus visibles de la démocratisation contemporaine du cannabis.   

Si le CBD est devenu l’un des visages les plus respectables du cannabis, cette évolution ne s’est pas construite en un jour. Comme le montre Mathieu Kassovitz en 2024 dans son documentaire. Il montre dans cet épisode tourné aux Pays-Bas, qu’Amsterdam a longtemps servi de laboratoire européen à une approche plus pragmatique de la plante. Bien avant les huiles et les infusions vendues en boutique, les célèbres coffee shops avaient déjà contribué à normaliser la présence du cannabis dans l’espace public, comme nous l’évoquons plus bas.

 

Les mille et une façons de consommer du cannabis, entre joint, vaporisateur et space cake

Chaque mode de consommation modifie l’intensité, la vitesse d’apparition et la durée des effets. En bref, cela change totalement l’expérience vécue. C’est pourquoi le point primordial lors de la consommation est de savoir la dose que l’on ingère. Fumer agit presque immédiatement, tandis que les produits mangés produisent des effets plus longs et parfois plus difficiles à doser. 

Le joint reste l’image classique du cannabis. Une feuille, du tabac ou non, quelques grammes émiettés et tout un imaginaire contre-culturel qui va avec. Pourtant, les modes de consommation se diversifient énormément depuis quelques années :

  • La pipe ou chilom (longue pipe indienne)
  • Le bang. C’est une pipe à eau. L’eau filtre et refroidit la fumée avant qu’elle n’arrive aux poumons. Les effets montent plus rapidement et sont plus importants.
  • Le vaporisateur. On fait circuler de l’air chaud à une température qui permet d’extraire les cannabinoïdes volatils de la plante. Cette méthode est considérée comme la plus saine car elle évite la combustion du produit. Elle es surtout utilisée pour des fins thérapeutiques.

Le cannabis entre peu à peu dans une logique de consommation “tech”. Même les accessoires ressemblent parfois à des gadgets futuristes sortis d’un studio de design berlinois.

Who rolled Mary Jane, Bill Olive, 1969, Etats Unis, 58,5x89cm, Poster blacklight (Collection Elalouf)

Les spaces cakes sont d’ailleurs tellement répandus et démocratisés qu’on les retrouve en vente libre dans les rues du Colorado, qui voit d’ailleurs de nouveaux produits voir le jour lors de la “Cannabis cup”

 

Les produits ingérés connaissent aussi un énorme succès, surtout parce qu’ils permettent d’éviter la fumée. Mais attention : en passant par le foie et non les poumons, les effets arrivent beaucoup plus lentement (entre 30min à 2h) et peuvent durer plus longtemps (entre 6 et 12h). Ces produits à base de cannabis sont notamment très répandus aux Pays-Bas, on y trouve : 

  • Space cake / Cookies. Le cannabis est intégré à la recette d’un gâteau (ou de cookie) sous forme de beurre, d’huile ou de résine chauffée, qui se mélange ensuite aux autres ingrédients lors de la préparation.
  • Gummies. Ce sont de petits bonbons gélifiés dans lesquels est ajouté des extraits de cannabis. Ils offrent généralement un dosage plus précis, donc une consommation plus contrôlée.

Mais il existe aussi d’autres modes de consommations buvables : 

  • Les infusions. Elles sont préparées à partir de fleurs, de feuilles ou d’extraits de cannabis mélangés à une boisson chaude. Cette méthode de consommation est appréciée pour son côté discret et son rituel apaisant.
  • Les huiles. Il faut extraire les cannabinoïdes de la plante et les diluer avec une huile végétale. Elles se consomment généralement sous la langue ou incorporées à des aliments. Quelques gouttes seulement peuvent contenir une forte dose de THC, d’où l’importance d’en contrôler le dosage. Selon la quantité de THC, elles peuvent être apaisantes ou euphorisantes.

Le cannabis n’est plus seulement associé au joint artisanal des années 70. Il devient un objet culturel hybride, coincé entre médecine alternative, rituel social et marché lifestyle mondial.

B.Vidal, Crium delirium, 1973, lithographie, A3 (disponible sur le shop)

Mais concrètement, ça fait quoi ?

Pour la grande majorité des usagers, la découverte du cannabis s’écrit au pluriel : faire tourner un joint en soirée est avant tout un rituel de partage et de cohésion sociale entre amis. Finalement, les raisons de consommer sont multiples, tout comme ses inconvéniants.

Chaque consommation de substance répond à des envies ou des besoins. Tous les consommateurs ne se roulent donc pas un joint pour les mêmes raisons : 

Les effets recherchés : 
  • Euphorie, excitation
  • Relaxation, détente voire sensation de flottement
  • Facilité d’introspection
  • Elan de créativité
  • Sentiment d’augmentation de l’égo
  • Facilité à trouver le sommeil
  • Perception visuelle ralentie
  • Facilité à reconnecter avec la nature, contemplation constante de l’environnement.
God grows his own, Mari Tepper, 1967, Etats-Unis, 56,1 x 56,2 cm, Poster (Collection Elalouf)
God grows his own, Mari Tepper, 1967, Etats-Unis, 56,1x56,2cm, Poster (Collection Elalouf)

Aussi naturelle et optimale la consommation de cannabis puisse être, cette substance reste addictive. D’après une recherche canadienne, il semblerait qu’un consommateur de cannabis sur 3 développera avec un problème de consommation. Mais aussi que la prise régulière voire quotidienne augmente le risque de dépendance est de 25 à 50 %.

Mais si le cannabis est globalement illégal, c’est aussi parce qu’il a sa part d’ombres et ses conséquences négatives : 

Les effets indésirables ou secondaires :
  • Tachycardie, hypertension/hypotension
  • Addiction 
  • Assèchement buccal, plus connue sous le terme “la pâteuse”
  • Anxiété, paranoïa et chez certains cas, développement de troubles shcyzophréniques
  • Altération de la mémoire sur le court et long terme
  • Troubles de la perception du temps
  • Vomissements en cas de surdosage
  • Yeux rouges

L’un des effets les plus connus est la sensation de faim importante après consommation. On appelle cela la foncedalle, ou les munchies, et se caractérise par la capacité du consommateur à engloutir tout ce qui lui passe sous la main, le conduisant parfois à des mélanges gustatifs farfelus ou des situations comiques. Snoop Dogg raconte par exemple avoir saisi le même pilon de poulet que son ami, tous les deux complètement high, se regardant dans les yeux avant de tout dévorer en rigolant.

 

Au-delà de ses effets récréatifs ou purement relaxants, le cannabis possède une véritable dimension psychédélique que la science moderne redécouvre enfin. En modifiant la perception du temps et de l’espace, la plante favorise une profonde plongée en soi, une hyper-connectivité des idées et un état d’introspection. C’est ce que confirme une revue de la littérature scientifique menée par l’Université Johns-Hopkins, qui démontre qu’à fortes doses de THC, le cannabis provoque des changements perceptuels et des « expériences mystiques ». Le célèbre philosophe et spécialiste de la conscience Alan Watts classait d’ailleurs  le cannabis parmi les « cinq principaux psychédéliques ».

 

Si sa consommation est initialement festive et récréative, le basculement vers la dépendance s’opère bien souvent lorsque la consommation devient solitaire et routinière. Ce qui était à la base un vecteur de lien se transforme alors en une redoutable bulle isolante, enfermant peu à peu le consommateur dans un huis clos qui le coupe insidieusement du monde extérieur.

 

L’addiction au cannabis

S’il est important de déstigmatiser le cannabis, il ne faut pas pour autant ignorer le risque de dépendance. Contrairement aux idées reçues, l’addiction au cannabis est avant tout psychologique. Elle s’installe généralement comme une béquille comportementale (pour trouver le sommeil, gérer l’anxiété ou décompresser), même si l’arrêt soudain chez un consommateur régulier peut provoquer un léger sevrage physique (insomnies, irritabilité, rêves intenses). Cependant, le véritable piège réside dans la préparation : lorsqu’il est mélangé à du tabac — une habitude très européenne —, le potentiel addictif du joint explose. La nicotine est une substance chimiquement très accrocheuse qui crée une dépendance physique rapide. Bien souvent, le cerveau en manque réclame sa dose de nicotine, mais le consommateur interprète ce signal comme une envie de fumer du cannabis. Ce cocktail crée une double dépendance redoutable, rendant l’habitude beaucoup plus difficile à briser que si l’herbe était consommée pure.

Etude du Professeur David Nutt, publiée dans la revue médicale The Lancet en 2007

 

Bien le consommer et réduire les risques

Comme pour toute substance, la manière de consommer le cannabis jour un rôle essentiel dans l’expérience que l’on en fait. Entre quantité, mode de consommation, état d’esprit et environnement, tout peut influencer ses effets. C’est pourquoi il est important d’optimiser sa consommation et de savoir comment en réduire les risques. Voici selon alors la liste des choses à faire ou à éviter que nous partage Techno+ pour une conso plus sereine.

  • Se renseigner au maximum sur le produit : origine, effet, puissance, coupe…
  • Pour une première fois, n’en prendre qu’un peu et attend les effets, surtout en ingestion (space cake).
  • S’entourer personnes de confiance dans un contexte rassurant.
  • Évite de consommer plusieurs produits en même temps.
  • Savoir que les alternatives au tabac (damania, molène) ou mieux la vaporisation réduisent les risques respiratoires.
  • Eviter le cannabis si l’on est angoissé-e ou dépressif-ve.

      

High in the sky, Chereskin, 1971, Etats Unis, 62x89cm, Poster Blacklight (Collection Elalouf)
High in the sky, Chereskin, 1971, Etats Unis, 62x89cm, Poster Blacklight (Collection Elalouf)
  • Espace la conso en ménageant des pauses de plusieurs jours, semaines, mois…
  • Si l’effet du cannabis change (parano, etc), il est temps de lever le pied.
  • Si l’on veut diminuer sa consommation, le cannabis au CBD peut aider.
  • Ne pas garder pas la fumée dans ses poumons : ça ne défonce pas plus et ça augmente les risques respiratoires.
  • Si on fume, penser que sa fumée est aussi pour les poumons des autres. Demander l’avis des proches !
  • Évite de prendre le volant et d’entreprendre une activité à responsabilité (travail, étude, repas de famille…).

Les effets varient selon la quantité consommée, la tolérance, l’état émotionnel, la fatigue ou même le fait d’avoir mangé avant. Fumer un joint à jeun peut provoquer des sensations plus intenses, parfois des vertiges ou des malaises. À l’inverse, après un repas, les effets montent souvent plus progressivement. La durée change aussi selon le mode de consommation.

Mieux vaut aussi éviter les mélanges avec l’alcool ou d’autres substances, boire de l’eau régulièrement et consommer dans un environnement calme et rassurant. Le fameux “set and setting” pour prendre correctemnt le LSD ou les champignons s’appliquent également au cannabis. Être bien entouré, détendu et dans un lieu confortable change énormément l’expérience. Et si un bad trip survient, inutile de paniquer :

  • respirer calmement
  • s’isoler du bruit
  • boire une boisson sucrée
  • attendre 

Le grand flou français depuis 1976 : quand Libération allumait la mèche

La une du journal Libération du 18 juin 1976

Le 18 juin 1976, le quotidien Libération publie un manifeste signé par des figures comme Gilles Deleuze, Félix Guattari ou encore Isabelle Huppert. Le texte réclame la dépénalisation du cannabis et critique frontalement la loi de 1970 sur les stupéfiants. Une loi née dans un climat de panique morale et de peur post-68.

 

Le texte s’ouvre par ces lignes : “Cigarettes, pastis, aspirine, café, gros rouge, calmants font partie de notre vie quotidienne. En revanche, un simple “joint” de cannabis (sous ses différentes formes: marijuana, haschich, kif, huile) peut vous conduire en prison ou chez un psychiatre. Des dizaines de documents officiels […] ont démontré que le cannabis n’engendre aucune dépendance physique, contrairement aux drogues dites “dures”, telles que l’héroïne, mais aussi au tabac ou à l’alcool, et n’a aucun effet nocif comparable.“

 

Le titre détourne évidemment l’Appel du 18 juin du Général de Gaulle. Sauf qu’ici, la résistance se roule dans du papier OCB. Le texte dénonce une hypocrisie française : alcool et tranquillisants sont tolérés, tandis qu’un simple joint peut conduire au tribunal ou en psychiatrie. À l’époque, le sujet reste explosif. Pourtant, les signataires s’appuient déjà sur plusieurs rapports scientifiques internationaux. 

La liste des signataires de texte est longue, alors en voici quelques noms pour repérer les célébrités favorables à sa dépénalisation :

  • Maxime Le Forestier
  • Bertrand Tavernier
  • Edgar Morin
  • Gotlib
  • Moebius
  • Bernard Kouchner

Le cannabis devient alors un symbole politique, presque un drapeau de la contre-culture française. On parle autant de libertés individuelles que de fumette. Dans les années 70, les hippies croisent les situationnistes, les rockeurs lisent Foucault, et les pétards circulent dans leurs loges. Même le magazine Actuel transforme la fumée en esthétique. La weed devient une manière de contester le vieux monde, entre concerts et rêves d’autonomie collective.

Couverture du n°20 du magazine Actuel
Couverture du n°20 du magazine Actuel

La répression française à son apogée

Cinquante ans après, le débat reste bloqué. La France verbalise massivement les consommateurs mais peine à ouvrir une discussion sereine. Pourtant, les rassemblements du 18 joint existent toujours grâce au CIRC, le Collectif d’Information et de Recherche Cannabique.

 

Le sujet dépasse désormais la simple question récréative. Cannabis thérapeutique, économie du CBD, réduction des risques, violences liées au trafic : tout se mélange dans un énorme nuage politique. Sur Internet, les débats oscillent entre militantisme libertaire, arguments sanitaires et lassitude générale.

Malgré l’omniprésence du cannabis dans les rues, sa dépénalisation, et à terme sa légalisation, ne font toujours pas l’unanimité.

Le cannabis agit comme un miroir des contradictions françaises. On célèbre le vin comme patrimoine culturel, mais on continue de traiter le joint comme une anomalie sociale. Résultat : un débat figé, où chacun campe sur sa position pendant que le marché mondial explose ailleurs.

 

Et c’est le portefeuille qui paie le prix de ce paradoxe. L’amende de base pour usage (l’AFD) est actuellement de 200 euros (minorée à 150 euros), mais les politiques rêvent régulièrement de la faire flamber à 500 euros pour frapper plus fort ! Sur le terrain, cet acharnement se traduit par un zèle permanent, avec des patrouilles à tous les coins de rue, au point même de vérifier les simples cigarettes roulées.

Le cauchemar absolu ? A la fin des festivals, le retour à la réalité se heurte souvent aux ronds-points barricadés, aux chiens renifleurs et aux tests salivaires à la chaîne. C’est le vrai piège de la politique française : avec la tolérance zéro, un test peut se révéler positif même si votre dernier joint remonte à plusieurs jours. La sanction est alors impitoyable : rétention immédiate du permis, perte de six points, voiture immobilisée sur le bas-côté et des milliers d’euros de frais de justice. De quoi transformer un petit joint partagé le vendredi soir en véritable naufrage social et financier le dimanche après-midi.

 

L’état des lieux de sa légalisation

Dès les années 90 puis 2000, de nombreux pays commencent à revoir leur position. Les Pays-Bas ouvrent la voie à la dépénalisation du cannabis récréatif dès les années 70 avec les coffee shops. En cinquante ans, le cannabis a parcouru un chemin étonnant. Longtemps associé à la marginalité, il entre désormais dans les politiques publiques de nombreux pays.

 

🟢Pays où le cannabis est légalisé

  • Uruguay (le premier pays à le faire, en 2013)
  • Canada (depuis 2018) 
  • Malte
  • Allemagne (réforme de 2024)
  • Plusieurs états des États-Unis, notamment la Californie, le Colorado, l’Oregon ou encore l’Alaska.

🟡 Pays où le cannabis est illégal mais dépénalisé

  • Portugal
  • Espagne
  • Pays-Bas (cas particulier des coffee shops)
  • République Tchèque
  • Suisse (plusieurs expérimentations locales)
  • Afrique du Sud

🔴 Pays où le cannabis reste strictement interdit

  • France
  • Japon
  • Chine
  • Arabie Saoudite
  • Singapour
  • Émirats Arabes Unis
  • Et tous les autres…

Si certains pays restent fermes sur le caractère illégal de cette substance, d’autres ne peuvent en nier les bienfaits. C’est pourquoi certains Etats africains ouvrent la voie à une culture du cannabis à des fins médicales. On retrouve parmi eux : le Maroc, le Lesotho ou encore le Zimbabwe.

Judith Kush écrit d’ailleurs : “Au Maroc le kif signifie « plaisir » et designe un mélange de tabac noir et de cannabis. Sa consommation reste tolérée, quoique interdite. Aujourd’hui le royaume est le premier producteur mondial de haschisch. En mars 2021, le Maroc a ouvert à la discussion parlementaire un projet d’autorisation du cannabis thérapeutique, tout en maintenant l’interdiction de son usage récréatif.“

Carte de légalité du cannabis dans le monde. Issue de © Visactu
Le cas des Etats-Unis

Le cas américain est sans doute le plus paradoxal de l’histoire du cannabis. Dans les années 1930, les États-Unis lancent une vaste campagne de prohibition alimentée par des discours alarmistes, des préjugés raciaux et des films de propagande comme Reefer Madness, devenu depuis un classique involontaire du cinéma absurde. Cette politique atteint son apogée en 1970 lorsque le cannabis est classé parmi les substances les plus dangereuses par le Controlled Substances Act, avant d’alimenter la célèbre « War on Drugs » de Richard Nixon. Comme le montre le documentaire Grass: History of Marijuana, cette croisade antidrogue a profondément influencé les politiques répressives adoptées dans de nombreux pays occidentaux.

Pourtant, le vent a tourné. À partir des années 1990, plusieurs États commencent à autoriser le cannabis médical. Puis le Colorado et l’État de Washington franchissent une étape historique en légalisant l’usage récréatif en 2012. Aujourd’hui, plus de la moitié des États américains ont légalisé le cannabis sous une forme ou une autre. Les motivations sont multiples : réduire le poids du marché noir, encadrer la qualité des produits, désengorger les tribunaux, mais aussi générer d’importantes recettes fiscales. Le cannabis est devenu un véritable secteur économique, pesant plusieurs dizaines de milliards de dollars et créant des centaines de milliers d’emplois. Ironiquement, le pays qui a largement contribué à diaboliser la plante est aussi devenu l’un des laboratoires les plus avancés de sa normalisation.

Le cannabis se démocratise culturellement avant de se démocratiser légalement. Le CBD a largement participé à cette banalisation. Boutiques spécialisées, huiles relaxantes, infusions et fleurs légales ont rendu la plante visible dans l’espace public. Cependant cette normalisation s’accompagne aussi de nouveaux enjeux sanitaires et commerciaux, notamment avec l’apparition de cannabinoïdes de synthèse ou de produits très concentrés. Aujourd’hui, le cannabis flotte dans une zone étrange : encore illégal dans beaucoup d’endroits, mais déjà totalement intégré à la pop culture mondiale. Comme si la société avait commencé à changer d’avis avant même les gouvernements.

Dans son ouvrage, Judith Kush écrit à ce propos : “L’indulgence envers l’alcool, la caféine et le tabac est répandue, alors que la consommation récréative illicite du cannabis polarise davantage l’opinion. Le cannabis est la substance illicite la plus utilisée et la deuxième la plus fumée au monde. […] Le cannabis n’est pas une passerelle vers l’usage de drogues dures et ne devrait plus être un problème de santé publique dans l’agenda politique, mais une industrie qui ne financerait plus le crime organisé et pourrait réguler le taux de THC.“

 

 Côté science

Le regard du monde médical sur le cannabis a radicalement évolué ces dernières années. Loin des approches purement récréatives, la recherche clinique internationale explore désormais le potentiel thérapeutique de la plante avec une rigueur inédite. Les essais récents dressent le portrait d’une substance complexe, capable d’accompagner des pathologies lourdes avec une pertinence que la médecine conventionnelle commence tout juste à reconnaître.

Dans le domaine de la gestion de la douleur, les résultats s’avèrent particulièrement solides concernant les maladies chroniques invalidantes. Les récentes analyses issues du registre médical britannique ont ainsi mis en lumière l’efficacité des traitements à base de cannabis sur la fibromyalgie. Les données cliniques montrent que les patients bénéficient non seulement d’une réduction significative de la douleur physique, mais aussi d’un réel apaisement de l’anxiété et d’une restauration des cycles de sommeil. Le cannabis se distingue ici par son action globale, agissant tant sur le corps que sur l’esprit pour améliorer le quotidien des malades.

Cette amélioration de la qualité de vie est également au cœur des dernières avancées en oncologie. Les équipes de la Société américaine d’oncologie clinique (ASCO) ont documenté les effets de l’intégration précoce du cannabis médical chez des patients atteints de cancers avancés, notamment celui du pancréas. Si la plante n’a pas vocation à remplacer les traitements curatifs, elle s’impose comme un soin de support majeur. Les études démontrent qu’elle permet de relancer l’appétit, d’atténuer les nausées et de soulager les douleurs rebelles, offrant aux patients une meilleure tolérance face à la toxicité des chimiothérapies.

photo cannabis
Haschisch Francis Carco

Plus fascinant encore, la psychiatrie moderne s’intéresse de très près aux propriétés neuroprotectrices du CBD. L’Université d’Oxford supervise actuellement un vaste essai clinique international visant à déterminer si le CBD pur pourrait agir comme un véritable bouclier neurologique. L’enjeu de cette recherche est immense : il s’agit d’évaluer la capacité de cette molécule à prévenir l’apparition de la psychose chez les individus présentant des signes précurseurs. Cette piste pourrait bouleverser la prise en charge psychiatrique en proposant une alternative végétale aux traitements antipsychotiques traditionnels.

Enfin, les données scientifiques viennent tordre le cou aux inquiétudes concernant la consommation des seniors, un public de plus en plus tourné vers le cannabis thérapeutique. Une publication approfondie du BMJ Mental Health a démontré qu’il n’existe aucune preuve liant l’usage du cannabis à un âge avancé à une accélération du déclin cognitif ou à l’apparition de la démence. Les observations soulignent même que la plupart des aînés sous traitement cannabique maintiennent d’excellentes capacités lors des évaluations cognitives. Une confirmation essentielle qui ancre définitivement le cannabis comme un outil légitime et sécurisé au sein de la médecine gériatrique.

Les avancées scientifiques ont finalement eu raison de la réticence française globale. En effet, dès 2027, on devrait retrouver des prescriptions médicales de cannabis thérapeutiques, notamment pour les patients réfractaires aux traitements classiques. 

La démocratisation du cannabis à travers la pop-culture

De Bob Marley au rap français : la bande-son du cannabis
Gilbert Shelton, Freewheelin’ Franklin, 500 carrés, 20x16cm 24,00€ (disponible sur le shop)

 

Impossible de parler cannabis sans parler musique. La weed traverse toute l’histoire des cultures alternatives. Dans le reggae, elle devient une pratique spirituelle liée au mouvement rastafari. Bob Marley transforme le joint en symbole de paix et de résistance.

Puis le hip-hop s’en empare. Dans les années 90, Snoop Dogg fait du blunt un accessoire pop aussi célèbre que ses tresses.

En France, le cannabis accompagne aussi l’explosion du rap et des musiques électroniques. Les free parties des années 90 sentent autant la terre humide que le shit marocain.

 

Le joint devient un rituel social. Un objet de transmission culturelle. Un prétexte à refaire le monde lors d’une soirée entre amis autour d’un pétard.

En parlant de musique, elle apparaît comme primordiale. Après un joint, les sens sont décuplés et les sensations ne sont plus les mêmes. Alors voici une sélection de musiques à écouter, qu’elles parlent directement de cannabis, ou que leurs sonorités aident à bien planer.

Young, Wild & Free – Snoop Dogg & Wiz Khalifa (2011)

 

Véritable hymne à l’insouciance, ce morceau réunit deux des plus célèbres ambassadeurs de la culture cannabis américaine. Entre rap, pop et esprit de liberté, il incarne toute une génération pour qui le cannabis fait partie d’un art de vivre décontracté.

Pass the Kouchie – The Mighty Diamonds (1981)

 

Classique du reggae jamaïcain, ce morceau est profondément lié à la culture rastafari et à la place qu’occupe le cannabis dans celle-ci. Son influence est telle qu’il donnera naissance quelques années plus tard au célèbre Pass the Dutchie de Musical Youth, version édulcorée destinée au grand public.

Pass the Dutchie – Musical Youth (1982)

 

Reprenant et adaptant le morceau Pass the Kouchie des Mighty Diamonds, Musical Youth remplace les références explicites au cannabis par le mot « dutchie », un récipient de cuisine jamaïcain. La chanson tient à conserver l’héritage de la culture reggae et rastafari. Son refrain entêtant et son succès international en ont fait l’un des morceaux les plus emblématiques de l’imaginaire cannabique, même auprès d’un public qui n’en connaît pas forcément le sens caché.

Innerbloom – RÜFÜS DU SOL (2015)

 

Avec ses longues montées électroniques et ses presque dix minutes de voyage musical, Innerbloom est devenu un incontournable des playlists contemplatives. Un morceau qui semble suspendre le temps et qui accompagne parfaitement les moments d’introspection.

Weightless – Marconi Union (2011)

 

Souvent présentée comme l’une des musiques les plus relaxantes jamais composées, Weightless est une expérience sonore à part entière. Ses nappes aériennes et son rythme apaisant invitent à ralentir, à contempler et à laisser son esprit vagabonder.

 

Véritable monument de la culture underground, ce projet fusionne à la perfection le hip-hop abstrait, l’acid jazz, le trip-hop et le breakbeat. C‘est la bande-son “chill” et planante par excellence, idéale pour accompagner de longues discussions ou une fin de soirée. Un voyage sonore rétro et texturé qui illustre à merveille l’époque dorée des compilations de salon.

Tomorrow Never Knows – The Beatles (1966)

 

Bien qu’antérieur à l’explosion de la culture cannabis moderne, ce morceau marque un tournant dans l’histoire de la musique psychédélique. Inspirés par les philosophies orientales et les expérimentations sonores, les Beatles y ouvrent une porte vers de nouveaux territoires de perception qui influenceront toute la contre-culture des décennies suivantes.

 
De la contre-culture au marketing vert fluo

 

La feuille de cannabis est devenue bien plus qu’un simple symbole de consommation. Depuis les années 70, elle traverse les mouvements alternatifs, les scènes reggae, hip-hop ou psychédéliques jusqu’à devenir une icône graphique mondiale. On la retrouve partout : sur des vêtements, des stickers, des skates, des pochettes d’albums ou des enseignes lumineuses.

 

Le cannabis est devenu une esthétique à part entière. Même des personnes qui ne consomment pas portent parfois la feuille comme un symbole de liberté, de détente ou de culture alternative. Et le marché l’a parfaitement compris. Depuis l’explosion du CBD, le chanvre s’invite désormais dans des boissons relaxantes, des bières artisanales, des infusions, des cosmétiques et même des bonbons “bien-être”. Ironique quand on pense qu’il y a encore quelques décennies, ce même symbole suffisait à déclencher un contrôle de police nerveux devant un lycée. Aujourd’hui, la weed flotte surtout dans les open spaces créatifs et les boutiques lifestyle aux lumières tamisées.

 

Comme quoi, le capitalisme finit souvent par vendre les emblèmes qu’il combattait hier.

(Crédit photo : Polysmarts)
Rapid transit, Saladin production & Petagno III, 1970, Etats unis, 86,5x57cm, Poster (Collection Elalouf)

La pop culture a normalisé le cannabis avant les politiques.

Le cinéma, les séries et la musique ont largement participé à casser l’image du “toxicomane dangereux”. Aujourd’hui, même les marques récupèrent les codes visuels du cannabis. Vert néon, feuilles psychédéliques et esthétique stoner envahissent les réseaux. Le capitalisme adore finalement les symboles qu’il combattait hier. Aujourd’hui les vendeurs redoublent de créativité avec leurs pochons (mylar bags) aux designs colorés qui détournent les codes de la pop culture.

Le cannabis sur grand écran

Le cannabis s’est aussi immiscé au cinéma et ne s’est pas contenté de se glisser dans nos écouteurs. C’est pourquoi on vous propose quelques films où la substance est centrale.

Up in Smoke – Lou Adler (1978)

 

Premier long-métrage du duo mythique Cheech Marin et Tommy Chong, Up in Smoke est souvent considéré comme la première grande comédie cannabique de l’histoire du cinéma. Un monument de l’humour absurde et de la contre-culture des années 1970.

The Gentlemen – Guy Ritchie (2019)

 

Dans cette comédie criminelle élégante et mordante, un magnat du cannabis cherche à vendre son empire clandestin. Fidèle à son style, Guy Ritchie mélange humour britannique, arnaques et règlements de comptes dans une satire réjouissante de l’industrie du cannabis moderne.

Rockers – Ted Bafaloukos (1978)

 

À mi-chemin entre fiction et documentaire, Rockers plonge le spectateur dans le Kingston des années 1970. Le film rassemble plusieurs figures majeures du reggae et offre une immersion rare dans la culture rastafari, dont le cannabis constitue l’un des symboles spirituels les plus connus.

The Harder They Come – Perry Henzell (1972)

 

Considéré comme l’un des films fondateurs du cinéma jamaïcain, The Harder They Come suit l’ascension d’un jeune musicien confronté à la pauvreté, à la corruption et au trafic de cannabis. Porté par la musique de Jimmy Cliff, le film a largement contribué à faire découvrir le reggae et la culture jamaïcaine au reste du monde.

The Big Lebowski – Joel et Ethan Coen (1998)

 

Avec son peignoir, ses White Russians et sa philosophie du lâcher-prise, « The Dude » est devenu une véritable icône de la culture alternative. Plus qu’un film sur le cannabis, The Big Lebowski est une ode à la nonchalance et à l’art de rester zen dans un monde qui tourne parfois un peu trop vite.

 

On se donne rendez-vous au plus vite au cinéma avec le tout nouveau film de Justin Kurzel “Burning Rainbow Farm”. Attendu comme l’un des événements cinématographiques de 2026, ce film revient sur l’histoire vraie de Rainbow Farm, une communauté pro-cannabis du Michigan devenue le théâtre d’un affrontement dramatique avec les autorités américaines au début des années 2000. Une histoire méconnue qui illustre les tensions de l’époque de la « War on Drugs ».

 

Pour finir, le lexique du cannabis pour les nuls

  • Bédave -> action de fumer du cannabis
  • Un pilon / bedo / pétard / tarpé -> un joint
  • Le bedodo -> le joint fumé avant d’aller se coucher, supposé aider à trouver le sommeil
  • La foncedalle / “munchies” -> la grande sensation de faim après avoir fumé, la fringale
  • La pâteuse -> sensation de bouche sèche après avoir consommé du cannabis, comme si la langue était collée au palais
  • Une taff / latte / “poke” -> inhalation de fumée, “tirer une taff” signifie prendre une bouffée
  • Un pochon / pocheton / pochetar -> sachet dans lequel se trouve le cannabis ou le CBD que l’on achète
  • Pecho -> action d’acheter du cannabis, en “choper”

 

Certaines informations de cet article sont issues de ces trois précieux ouvrages : 

Speedball, Judith Kush
Speedball, Judith Kush
Le chanvre, Alexis Chanebau
Le chanvre, Alexis Chanebau
Petite encyclopédie du cannabis, Nicolas Millet
Petite encyclopédie du cannabis, Nicolas Millet

 

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