Voici une photo-reporter qui a su nous émouvoir de par sa vision du monde, visant à montrer la part de beauté dans l’horreur de la guerre. Un parcours de vie original, qui part du mannequinat de la fin des années 1960 à sa présence aux moments clefs de l’histoire : conflits du Viêt-Nam, Afrique du Sud…
Lucydelic vous présente une visite vidéo exceptionnelle de la dernière exposition la concernant, réalisée à partir des archives de son fils Pablo.
Traverser l’Histoire avec un appareil photo
Avec son appareil en bandoulière, Marie-Laure de Decker a capturé la seconde moitié du XXe siècle comme on traverse une zone de turbulences : en fonçant droit dedans.
Du Vietnam au Tchad, de l’Afrique du Sud sous l’apartheid au Chili de Pinochet, elle a documenté les grands bouleversements de son époque, toujours guidée par un engagement passionné et une curiosité insatiable.
Dans un milieu de reporters largement masculin, elle s’est imposée avec audace, choix de vie risqué mais porté par l’adrénaline et la détermination.
Entre champs de bataille et tapis rouge
Mais son œil ne se limitait pas aux conflits. Duchamp, Fellini, Sagan, Deneuve, Mandela ou Mitterrand sont également passés devant son objectif.
Reporter intrépide chez Gamma puis indépendante, elle a collaboré avec des titres prestigieux comme Paris Match, Le Monde ou The New York Times.
Elle a publié plusieurs ouvrages, dont Pour le Tchad (1978), Vivre pour voir (2001) et Apartheid (2010), véritables manifestes visuels de son engagement.
Dans les années 80 et 90, entre ses voyages en Afrique du Sud, au Chili et en Chine et la naissance de ses enfants, elle explore aussi la photographie de plateau et de mode, travaillant avec Maurice Pialat, Otar Iosseliani ou Vogue, et tissant des liens avec Catherine Deneuve. Elle consacre également une part importante de son travail aux Wodaabes, peuple nomade du Tchad, et à ses autoportraits, preuve de son regard introspectif et audacieux.
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Résistance, travail, rencontres, portraits
Résistance, travail, rencontres, portraits
Engagée, elle a utilisé son appareil comme un mégaphone. Son œuvre montre ses combats: manifestations féministes pour le droit à l’avortement, résistance au Chili, fin de l’apartheid, et les vies quotidiennes de travailleurs, vendeurs, nounous ou prostituées. Pour Decker, célébrités ou anonymes étaient égaux face à l’objectif : chaque geste, chaque regard racontait une histoire, révélant une humanité brute et sincère.
Son regard sensible, toujours à l’affût de l’émotion, fait de chaque image un pont entre mémoire et présent. Ses photographies, aujourd’hui conservées au Centre Pompidou, à la BnF, au CNAP et à la MEP ( qui lui a récemment consacré une rétrospective ), témoignent d’une vie dédiée à comprendre et transmettre le monde. Son travail invite à redécouvrir une artiste qui a su, en un clic, nous apprendre à voir autrement le monde.