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Brigitte Bardot : une icône aux multiples visages.

16 janvier 20268 min read

De l’égérie pop-psychédélique des années soixante à la figure recluse et polémique de
la Madrague, Brigitte Bardot incarne une trajectoire française unique. Ce portrait
explore la mutation d’une actrice devenue œuvre d’art totale avant de révéler une
personnalité habitée par des paradoxes profonds.

Les débuts d’une vedette 

Avant que la pellicule ne s’enflamme pour de bon, il y avait cette gamine un peu boudeuse qui déréglait les boussoles de la morale hexagonale. On oublie souvent qu’avant de devenir le totem du droit animal, Brigitte Bardot fut surtout le déclencheur d’un séisme culturel. Une anomalie de sensualité brute en petite tenue qui a envoyé valser l’après-guerre.

 

Sous l’œil de Vadim, elle invente la femme moderne dans “Et Dieu… créa la femme” (1956), faisant de la plage de Pampelonne l’épicentre d’un nouveau monde. Entre “Le Mépris” (1963) de Godard et les mélodies pop d’une France qui se réveille (“La Madrague”, suivie de “Moi je joue”…), elle n’était pas encore une statue, mais un mouvement perpétuel.

 

Elle était le soleil d’une jeunesse qui découvrait que la liberté avait un grain de peau, bien avant que les ombres de la solitude ne viennent ternir l’éclat de son mythe.

 

 

Pour obtenir l’affiche vintage du film “Et Dieu…créa la femme” (1956), présente ci-contre, rendez-vous sur le Psychedelic Shop.

Brigitte-Bardot-Affiche-PsychedelicShop-Et-Dieu-Créa-La-Femme
«Et dieu...créa la femme», avec Brigitte Bardot, Curd Jurgens, J.L Trintignant, Roger Vadim (1956, France). 120 x 160 cm

La parenthèse psychédélique 
1967 – 1968

Oubliez la Madrague et le vichy. Lors de ces deux années, sous l’impulsion de Serge Gainsbourg, BB délaisse les plages de Saint-Tropez pour devenir l’égérie d’un mouvement pop-psychédélique total. Cette métamorphose culmine lors du mythique
«Bardot Show », une émission culte qui redéfinit l’esthétique télévisuelle et sonore de l’époque. Cette période dorée est jalonnée de titres qui marquent la mutation culturelle de la France :

 

– Comic Strip : une immersion dans l’univers des comics américains où Brigitte, coiffée d’une perruque brune, évolue au milieu d’onomatopées explosives et de couleurs saturées.

 

– Bonnie and Clyde : un sommet de la pop internationale dont le motif obsédant crée une atmosphère de transe. Le saviez-vous ? Le titre fut enregistré en une seule prise, tant l’alchimie entre Gainsbourg et Bardot était électrique.

 

– Contact : Brigitte Bardot devient une œuvre d’art mouvante, fusionnant futurisme spatial et volupté. Vêtue par Paco Rabanne, elle réclame une « transfusion de mercure » au milieu des mobiles cybernétiques de Nicolas Schöffer.

– Harley Davidson : ce symbole de puissance et de liberté signe l’indépendance féminine. Musicalement, c’est un choc : des guitares saturées et une rythmique binaire implacable la transforment en une icône de cuir.


 

– La Bise Aux Hippies – l’ironie “Flower Power” : Un titre aux arrangements plus “acid-pop” qui témoigne de l’influence de la scène londonienne sur le duo. Bardot y joue avec les codes du mouvement hippie avec une distance arty très parisienne. Le clip est porté par l’esprit frondeur et la dérision typique de l’époque psychédélique.

 

– Mister Sun : une pépite psyché-folk plus rare, arrangée par Jean-Claude Vannier, où la voix de Brigitte semble flotter dans un ciel de couleurs hallucinatoires.

Le bouclier des opprimés et la mission animale

À 38 ans, au sommet de sa gloire, BB provoque un séisme en arrêtant le cinéma. Elle abandonne les plateaux pour entamer une véritable mission de vie. Pour créer sa fondation, elle consent à un dépouillement total, vendant aux enchères ses bijoux et ses souvenirs de tournage les plus précieux.
L’un de ses combats les plus marquants fut sa lutte contre le massacre des petits phoques du Groenland. En 1977, elle s’était rendue sur la banquise canadienne pour dénoncer la mise à mort de centaines de milliers de bébés phoques pour leur fourrure. Les photos d’elle serrant un petit phoque contre son cœur avaient fait le tour du monde, poussant le président Valéry Giscard d’Estaing à interdire l’importation de peaux de phoques en France. Mais Bardot n’a pas seulement prêté son nom aux animaux : elle a transformé son statut de star mondiale en un bouclier pour les opprimés.

 

Cette générosité s’exerçait souvent loin des regards. Elle utilisait régulièrement ses propres ressources pour aider des humains en détresse, répondant à des appels de personnes isolées ou finançant des causes médicales urgentes. Elle recevait chaque jour des montagnes de courrier et répondait souvent personnellement aux anonymes. Sa compassion dépassait les frontières : elle avait notamment payé l’intégralité des frais d’avocat, soit plus de 15 000 dollars, pour sauver de la mort Farley Matchett, un condamné à mort noir américain. Elle confiait alors faire tout son possible dès que quelqu’un lui criait « j’ai besoin de vous ». 

Les zones d’ombre d’une figure clivante

C’est pourtant cette même franchise brutale qui l’a menée vers ses versants les plus sombres. En se retirant du monde, le symbole de la liberté des années soixante s’est peu à peu figée avec des opinions radicales. Ses prises de position et ses condamnations répétées pour incitation à la haine raciale ont créé une fracture profonde. Pour beaucoup, la muse universelle s’est transformée en une figure réactionnaire.

 

Dans son ouvrage Un cri dans le silence, elle fustigeait pèle-mêle l’islamisation de la France, le métissage ou encore la décadence de l’Europe. Le paradoxe Bardot est une énigme : il s’agit d’une femme capable d’une tendresse infinie pour les êtres vivants tout en tenant des discours de rejet envers l’autre. Elle demeura l’une des rares légendes à n’avoir jamais cherché à polir son image, assumant autant ses combats pionniers que ses idées politiques les plus extrêmes. Face à une société en pleine mutation, elle était restée « brute de décoffrage », préférant la solitude de la Madrague aux mondanités parisiennes.

 

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