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Niki de Saint Phalle et Jean Tinguely : mécanique, couleurs et folie.

7 octobre 202513 min read

Accrochez-vous, parce que dans le chaos flamboyant de l’art contemporain, Niki de Saint Phalle et Jean Tinguely ont tout pulvérisé sur leur passage. Des Nanas aux machines hurlantes et aux mastodontes comme Hon/Elle ou la Fontaine Stravinsky, ces deux artistes sont érigés en icônes. Par un savant mélange d’humour noir, de critique sociale et de gadgets mécaniques dignes d’un carnaval infernal, ils ont marqué bien plus que leur époque. Leur collaboration, un tourbillon créatif et une passion débridée, casse les normes à chaque coin de rue et à chaque exposition. Particulièrement recommandé pour les amateurs de sensations fortes.

Vidéo exclusive de l’exposition au Grand Palais, qui s’est tenue du 26 juin 2025 au 4 janvier 2026

 

Niki de Saint Phalle et Jean Tinguely, couple mythique de l’art contemporain, ont transformé la création en acte de rébellion pure. Des Nanas éclatantes de Niki aux sculptures mécaniques déchaînées de Jean,  leurs oeuvres sont des cris contre les normes étouffantes. Ces deux fous furieux ont peint le monde de couleurs vives, laissant derrière eux un sillage incandescent d’audace artistique.

 

Niki de Saint Phalle (1930 – 2002)

Artiste franco-américaine, qui a secoué le XXe siècle avec un style qui mêlait peinture, sculpture, plasticité et cinéma comme un cocktail Molotov culturel. Autodidacte insatiable, elle a siphonné l’énergie de Gaudi, Dubuffet et Pollock pour construire un univers complètement à elle, un monde où les mythes et les grands thèmes jaillissaient comme des feux d’artifice psychédéliques.

 

Dès la fin des années 50, elle n’était plus seulement une artiste : elle était un ouragan, un manifeste ambulant de néo-dadaïsme et de nouveau réalisme, une vibration encapsulée dans la couleur, la forme et le mouvement.

 

 

 

 

 

Les Tirs de Niki de Saint Phalle, c’était du grand art en mode carnage organisé : février 1961, Paris, des tableaux bourrés de plâtre, de couleurs et d’objets volent en éclats sous ses tirs de carabine, transformant chaque performance en un spectacle médiatique hallucinant. À la télé, le public est choqué, fasciné, et Niki, élégante et provocatrice, s’impose comme une avant-gardiste intrépide, éclipsant les discours misogynes qui tentaient de reléguer son rôle derrière Tinguely. Derrière les déflagrations et le vacarme, c’est une méditation sur le temps, la mort et la renaissance, un acte cathartique et féministe qui reste un jalon fondamental de son œuvre.

Vue de l’exposition « Niki de Saint Phalle. Le Bestiaire magique » : Ganesh, 1994 © Culturespaces, Nicolas Heron
Niki de Saint Phalle au milieu de ses Nanas à la galerie Alexandre Iolas, 1965 ©Niki Charitable Art Foundation/DR ©André Morain

 

Jean Tinguely (1925 – 1991)

Portrait de Jean Tinguely par Niki De Saint Phalle ©Jaïs Elalouf

Maître des machines folles, il a réinventé l’art du XXe siècle en transformant engrenages et rouages en poésie bruyante. Ses sculptures cinétiques ne font pas que bouger : elles crient, vibrent et vivent, transformant le métal et le bruit en expériences hallucinatoires d’un désordre orchestré. Jean Tinguely, gamin marqué par une enfance suisse chaotique et les vitrines de magasin, débarque à Paris avec des engrenages dans la tête et une obsession pour le mouvement. Dès 1954, il déchaîne les automates et les mobiles en fil métallique, exposant ses monstruosités mécaniques à la galerie Arnaud, des machines imparfaites, saccadées, imprévisibles, où le hasard règne en maître.

 

En 1955, il croise Yves Klein, dont le Vide transforme son esprit en hallucination bleue, et ensemble ils balancent des disques tournants, fusionnant couleur et mouvement dans une spirale hypnotique. Puis en 1960, au MoMA, Tinguely éclate tout avec Homage to New York, une machine monumentale faite de bric-à-brac, programmée pour se suicider devant le public, une fin glorieuse qui réécrit les règles du jeu et propulse Tinguely dans la légende des démiurges du désordre.

 

 

 

 

En 1978, Jean Tinguely balance sa première Méta-Harmonie à Bâle : un monstre de rouages et d’instruments de musique qui hurle, claque et étourdit les sens, une expérience visuelle et sonore qui défie les frontières de l’art. Les années 1980 le voient pousser le délire encore plus loin : Méta-Harmonies dans Le Cyclop, Pandämonium No. 1 à Tokyo avec ses crânes sinistres, et Fatamorgana IV dans une usine abandonnée, un carnaval de métal, de sons et de lumière. À partir de 1981, il greffe des crânes d’animaux dans ses machines, mélangeant humour noir et méditation sur la mort, jusqu’à des pièces tardives comme Inferno en 1984, où le burlesque et l’éphémère fusionnent.

 Une association emblématique

Fontaine Stravinsky
Fontaine Stravinsky

Niki de Saint Phalle et Jean Tinguely, mariés en 1971, ont électrisé l’histoire de l’art en inversant tous les rôles : Tinguely, le génie des machines, devenait l’assistant technique de Niki pour des monstres comme Le Golem à Jérusalem, le Jardin des Tarots en Toscane ou la Fontaine Stravinsky à Paris. Ensemble, ils ont lancé des projets délirants et spectaculaires comme Hon/Elle (1966) à Stockholm ou Le Paradis fantastique (1967) à Montréal, où leurs créations s’affrontaient dans un marasme orchestré de métal et de couleurs.

Leur collaboration, nourrie d’amour, de folie et de maladies imprévues, dura jusqu’à la mort de Tinguely, que Niki honora en entretenant ses œuvres et en donnant vie à la Chapelle de la Tempérance. Après sa disparition, elle poursuit le délire avec le Musée Tinguely à Bâle et ses Tableaux éclatés Méta Tinguely : des explosions de métal, peinture et mécanismes électriques, un dernier feu d’artifice pour prolonger le dialogue artistique et passionnel de plusieurs décennies.

 

Hon/Elle, une œuvre monumentale

Vue de Hon/Elle © Jaïs Elalouf

 Hon/Elle – en Katedral (1966)

 Niki de Saint Phalle, avec Tinguely et Per Olof Ultvedt, balance une Nana gigantesque, enceinte, et flippante, offrant son vagin comme portail d’entrée au public.

 

Dedans, un labyrinthe de pièces et de mécanismes bourdonnants ; à l’extérieur, 13 × 14 × 23 mètres de pur délire, six tonnes de plastique et d’acier, un mélange de Dada, humour noir et ready-made duchampien, transformant le musée de Stockholm en théâtre interactif où le visiteur devient complice du chaos.

 

 

 

À l’intérieur de Hon, c’est un tourbillon de folie totale : on pénètre par le vagin de la géante pour se perdre avec bar dans un sein, toboggan, machines en mouvement et écrans vidéo qui braillent des images cataclysmiques. Couleurs criardes, absurdité et humour noir se mélangent avec un planétarium et une galerie de faux tableaux, tandis que le ventre de la Nana offre une vue panoramique, transformant la sculpture en un parcours multisensoriel et théâtral digne d’un carnaval hallucinant.

 

La géante Hon exposée trois mois, s’est fait détruire en trois jours dans un carnage violent et franchement misogyne, filmé pour immortaliser chaque morceau brisé, y compris la Machine for Broken Glass de Tinguely. Niki de Saint Phalle, fidèle à son esprit de feu, recouvre le cadavre de la sculpture de peinture vive, transformant le massacre en spectacle joyeux. Aujourd’hui, il ne reste qu’une maquette en papier mâché, conservée comme relique au Moderna Museet, vestige d’une œuvre  monumentale et coloré.

Schéma de Hon/Elle © Jaïs Elalouf
Schéma de Hon/Elle © Jaïs Elalouf
Maquette en papier maché © Hans Olofsson

Exposition – Le Grand Palais, Paris
26 juin 2025 au 4 janvier 2026

Le Grand Palais a ouvert ses portes à un tourbillon artistique : l’exposition Niki de Saint Phalle, Jean Tinguely, Pontus Hulten nous a plongé dans l’univers de ces deux génies du chaos. Ils ont été épaulés et choyés par Pontus Hulten, premier directeur du Musée national d’art moderne au Centre Pompidou, véritable mentor et ami fidèle. Ensemble, les trois complices ont construit un monde où art, amour et amitié se mêlent dans le feu de la création : acquisitions audacieuses, cartes blanches et projets délirants, de la gigantesque Nana de Hon/Elle – en Katedral au Crocrodrome de Zig & Puce. Cette exposition a permis de retracer leur parcours commun, éclatant les conventions et célébrant l’alliance rare de trois esprits visionnaires. Pour en savoir plus

Mot de Niki De Saint Phalle à Pontus Hulten © Jaïs Elalouf
© Jaïs Elalouf
Nana ©Jaïs Elalouf
Le cyclop, Niki De Saint Phalle et Jean Tinguely © Jaïs Elalouf
Croquis d'une Nana, Niki De Saint Phalle © Jaïs Elalouf
Dessins de Niki De Saint Phalle © Jaïs Elalouf
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