Découvrez notre newsletter

Now Reading: L’expo de Rammellzee bouscule l’art contemporain

Loading
svg
Open

L’expo de Rammellzee bouscule l’art contemporain

11 avril 202515 min read

Tic-tac, l’alphabet s’arme et sort du cadre. Le street art de Rammellzee, né à la fin des années 70 dans les rues de New York, débarque au Palais de Tokyo avec l’expo ALPHABETA SIGMA. Un voyage visuel sous haute tension, entre chaos futuriste et héritage underground. Ici, les lettres deviennent des armes, les œuvres cognent fort et la subversion fait la loi. L’artiste démonte le langage, réinvente les signes, et transforme chaque mur en champ de bataille graphique. Et en bonus ? Un reportage exclusif pour plonger en plein cœur de cette révolte artistique.

Rammellzee, architecte du chaos

Né en 1960 à Far Rockaway, dans le Queens, RAMMELLZEE est l’un des artistes les plus énigmatiques et radicaux issus de la scène new-yorkaise des années 1980. Adolescent dans un New York en crise, marqué par la ségrégation et la violence institutionnelle, il commence comme graffeur, posant son nom sur les rames du métro avec une vision déjà singulière : pour lui, le tag n’est pas une signature, mais un code, une attaque, une libération. Le langage devient le premier champ de bataille.

 

Très tôt, il se distingue des autres writers par son approche théorique. Il forge des concepts inédits comme le Gothic Futurism, où il décrit le combat entre la lettre écrite – « domptée » par l’imprimerie de Gutenberg – et la lettre graffiti, redevenue vivante, libre, armée. Cette théorie se déploie dans un manifeste autoédité, diffusé de manière confidentielle, dans lequel il appelle à l’armement des lettres contre leur colonisation par le langage dominant.

Un électron libre de la scène new-yorkaise

RAMMELLZEE émerge à une époque où l’underground artistique new-yorkais est en ébullition. Il performe avec le Rock Steady Crew, fréquente Jean-Michel Basquiat, Futura 2000, Phase 2, Fab 5 Freddy. En 1983, il enregistre avec K-Rob le titre “Beat Bop”, produit par Basquiat : une pièce ovniesque, à mi-chemin entre poésie futuriste et désintégration du hip-hop conventionnel. Ce morceau deviendra culte, samplé notamment par les Beastie Boys dans Jimmy James, et considéré comme un acte fondateur du hip-hop expérimental.

Parallèlement à sa pratique sonore et plastique, RAMMELLZEE développe une pensée visuelle totale. Il conçoit des costumes-armes, comme le Gasholeer Leterme Suit, dans lesquels il performe, masqué, blindé, dans les rues comme dans des expositions. L’un de ses terrains d’action majeurs reste la lettre, transformée en soldat cybernétique. Il pousse cette idée encore plus loin avec ses Letter Racers – des véhicules de combat typographiques en 3D, commencés en 1993 et finalisés en 2000 – véritables sculptures mécaniques destinées à poursuivre le conflit symbolique contre l’alphabet normatif.

Un théoricien de l’afrofuturisme avant l’heure

Bien que rarement classé comme tel, RAMMELLZEE est aujourd’hui reconnu comme un précurseur de l’Afrofuturisme. Le terme, théorisé en 1994 par Mark Dery lors d’un entretien avec Samuel R. Delany, Greg Tate et Tricia Rose, désigne des pratiques artistiques spéculatives où l’imaginaire afro-diasporique dialogue avec la science-fiction, la technologie et l’histoire coloniale. RAMMELLZEE s’inscrit pleinement dans cette veine : ses œuvres convoquent autant les divinités oubliées que les machines de guerre post-apocalyptiques, entre manuscrit médiéval et mecha japonais, dans un univers où passé et futur s’hybrident.

Son esthétique, protéiforme et intergalactique, trouve un écho dans les pratiques de figures comme Sun Ra, George Clinton, ou plus tard, Outkast. Mais chez lui, la dimension mythologique se combine à une rigueur plastique héritée de sa formation en joaillerie au Fashion Institute of Technology et à l’apprentissage des résines dans le cadre d’études en prothèses dentaires. Il en résulte des objets d’une précision hallucinée, où l’or et les déchets, les LED et les totems se confondent.

Face A, Rammellzee

La réclusion, l’exil, la légende

Dans les années 1990, après avoir participé à plusieurs expositions collectives majeures en Europe (Nightlines à Utrecht, American Graffiti à Bruxelles et à Naples, Coming From The Subway au Groninger Museum), il se replie dans un storage unit à Battery Park City transformé en atelier forteresse : le Battle Station. Là, il vit et crée entouré de ses Gods of Garbage, armures, fresques murales, prototypes de jeux et objets mystérieux comme sa capsule temporelle, scellée avec un bouchon de bière Olde English 800, qui renfermerait – selon les rumeurs – des équations et artefacts à destination d’un siècle encore inconnu.

L’artiste développe également un jeu de société, Infinium, ainsi qu’un script de long-métrage, Alpha’s Last Bet (1997), où s’articulent les fondements de sa cosmologie. En 2002, il collabore avec Celia Bullwinkle pour le film d’animation Alpha’s Bet, adaptation de son manifeste. Malgré la marginalité de ses apparitions, il participe jusqu’en 2005 à des expositions importantes comme Backjumps – The Live Issue #2 à Berlin ou RAMMELLZEE Gothic Futurist à Houston. Il décède en 2010, laissant une œuvre visionnaire et encore en grande partie inexplorée.

Un pont entre les mondes

Rammellzee, c’est une collision de temporalités. Imagine un pharaon coiffé d’un casque de mecha. Un moine copiste taguant du cyberpunk dans les marges d’un manuscrit. Son art tisse un fil entre passé et futur, sacré et trivial. Ses Garbage Gods (dieux-poubelles) sont des reliques modernes. Sculptures mi-divines, mi-crados, elles assemblent rebuts, résines fluorescentes et mythes remixés. À côté, les Monster Models, mini-avatars, transforment le jeu en rituel mystique. Pas de hasard : chaque détail a une signification cachée.

Derrière ce chaos apparent, une précision chirurgicale. Formé en joaillerie et prothèses dentaires, Rammellzee fusionne l’orfèvrerie et la culture de la récup. Bracelets-couronnes, circuits électroniques fossilisés, artefacts mutants : son art est un laboratoire temporel.

La pièce la plus cryptique ? Une capsule temporelle scellée avec un bouchon de Olde English 800. Dedans, des formules secrètes ? Une lettre pour un siècle inconnu ? Personne ne sait. Mais une question plane : l’art doit-il résister ou se soumettre ?

ALPHABETA SIGMA : Un manifeste pour l’art de demain

Deux expos, un seul message : l’art est une arme.

Face A frappe avec sa puissance brute, Face B révèle les coulisses d’un réseau insoumis. Rammellzee ne crée pas seulement des œuvres : il dynamite les conventions, il hacke le langage, il pousse à la révolte visuelle.

Le spectateur ? Il n’est pas juste un témoin. Il devient acteur d’une mutation graphique, d’un mouvement où les signes se libèrent et redessinent un futur affranchi. ALPHABETA SIGMA ne regarde pas en arrière. Il projette une vision où les lettres prennent le pouvoir et transforment notre regard sur le monde. Prêt pour la révolution graphique ?

Rammellzee created and wore full-body suits of armor that he called “Garbage Gods.”Photograph by Mari Horiuchi / courtesy Red Bull Arts New York and the Rammellzee Estate

Face A : Plongée brute au Palais de Tokyo

Du 21 février au 11 mai 2025, puis du 12 juin au 7 septembre 2025, le Palais de Tokyo vibre au rythme de Rammellzee. Une immersion totale, entre textures brutes et lumières noires. Les murs respirent la révolte, les œuvres balancent des ondes de choc.

Ici, pas de demi-mesure. Spray, résine, textiles, tout se mélange dans un chaos parfaitement maîtrisé. La lettre crache un cri de défi. Les masques hurlent leur rage. La lumière noire joue avec les contrastes et révèle des secrets cachés. Résultat ? Une claque sensorielle qui fait vaciller les certitudes.

Face B : Le réseau clandestin au Capc

Cap sur Bordeaux. Du 12 mars au 20 septembre 2026, le Capc dissèque l’univers souterrain de Rammellzee. Qui l’a inspiré ? Avec qui a-t-il échangé ? Comment a-t-il contaminé d’autres esprits libres ?

Ici, tout est connexion. Chaque œuvre raconte une histoire de transmission, de clashs créatifs, de liens puissants. Derrière les masques et les monstres, c’est tout un écosystème qui prend vie. Son influence dépasse l’art urbain : il reprogramme notre vision du monde.

RAMMELLZEE Evolution of the World - 1982 Marqueur coloré sur panneau I Colored marker on board 44.5 x 362 cm. 44.5 x 181.0 cm chaque panneau / each panel Courtesy de / of Larry Gagosian
RAMMELLZEE Grimmis Neutron - Profile of a Gangster 1986 Peinture en spray à l'huile sur tapis , Olispr point on r rio 104,14 x 83,82 x 2,54 cm Courtesy de / of Estate of Rammellzee et / and Jeffrey. Dt'itch New York et / and Los Angeles

#ART #SOCIETE ##ArtSubversif #RammellzeeGraffiti  #PalaisdeTokyoExpo  #CyberpunkArtistes  #ArtEtRésistance #ArtContemporain #StreetArt #GraffitiFuturisme #ExpositionParis #CyberpunkArt #AlchimieVisuelle

Loading
svg