Imaginez un voyage sans décalage horaire, entre les canaux de la Venise du Nord et les jungles d’Indonésie. Un sextuor vient de réinventer la bande-son de nos rêves les plus barrés. Ses membres ressuscitent un héritage oublié, celui de la pop psychédélique des années 60 et 70 du plus grand archipel au monde. Entre héritage familial et modernité électrique, leur son, définitivement innovant, brise les frontières des genres. Nusantara Beat est en train de devenir la nouvelle sensation sur la scène européenne, non seulement en live mais aussi avec un premier album exceptionnel.
En bonus, une captation vidéo exclusive de leur concert à Paris, ainsi qu’une interview du groupe.
Une scène locale bouillonnante
Le projet émerge de la scène psychédélique bouillonnante d’Amsterdam, qui a notamment fait éclore Altin Gün et son rock psyché anatolien. La bande est composée du bassiste Michael Joshua Yonata, né en Java occidental, et des autres membres issus de la diaspora indonésienne : Megan de Klerk (chant), Jordy Sanger (guitare), Rouzy Portier (clavier), Sonny et Gino Groeneveld (batterie et percussions). Ils ne sont pas pour autant inconnus au bataillon. En effet, ils ont tous émergé – et certains en font toujours partie – d’autres groupes de la scène néerlandaise : EUT, Jungle By Night, The Mysterons, Altin Gün…Ces six jeunes musiciens talentueux sortis du Conservatoire partagent une mission claire. Ensemble, ils veulent honorer et découvrir leurs racines en profondeur, tout en restant résolument actuels.
Concert de Nusantara Beat le 28 janv. 2026 – Le Point Éphémère, Paris.
« Jordy et Sonny parlaient sans cesse de leur envie de monter un groupe de krontjong [musique traditionnelle indonésienne] et de jouer pour les personnes âgées. Rouzy et Michael, qui étudiaient ensemble à l’époque, envisageaient eux aussi depuis un certain temps de monter un groupe indonésien. Lorsque Rouzy et Jordy ont commencé à se fréquenter, ils se sont rapidement rendu compte qu’ils partageaient la même idée ! » – Gino Groeneveld à Paul Bowler pour Songlines
Une performance marquante
Leur dernier passage à Paris, au Point Éphémère, a marqué les esprits par son intensité et son show visuel. C’est une expérience presque religieuse : la chanteuse captive l’auditoire par sa présence magnétique et sa voix envoûtante. L’immersion dans l’expérience Nusantara Beat est totale, et à visionner dans notre captation exclusive du concert ci-dessous.
La première partie était assurée par le groupe Naga Kirana. Celui-ci s’inspire également de l’Indonésie via mélodies et vocalises, avec Inda Duran au chant. Celle-ci est soutenue par des rythmes électroniques puissants et hypnotiques de quatre musiciens : Rouzy Portier (Nusantara Beat), Marnix Wilmink (Mauskovic Dance Band), Kees Schaper (The Kik) et Jasper Verhulst (Altin Gün).
Ci-dessous quelques photos des deux groupes, dans l’objectif de David Elalouf :



Une machine tropicale à remonter le temps
Leur musique puise dans les sons traditionnels de l’archipel, comme le gamelan ou bien le gong. Ils mélangent ces structures anciennes à leurs propres innovations, mêlant guitares et synthés cosmiques aux sonorités vintage. Les textes, traduits et chantés en indonésien, parlent de thèmes universels : la complexité amoureuse, les mythes et l’héritage, l’inter-connexion… C’est une réappropriation culturelle entre modernité et nostalgie, qui met en valeur la diversité musicale présente dans le pays. Le groupe crée un pont entre les générations et les continents avec une aisance déconcertante. Le public, d’abord intrigué, finit invariablement par succomber aux ritournelles funky et à la voix cristalline de Megan.
Regardez l’interview exclusive de Nusantara, réalisée tout de suite après le concert par nos soins !
“Il y a une grande diversité. Beaucoup d’entre nous ont grandi en écoutant le rock des années 60, tant occidental qu’indo-néerlandais. Aux Pays-Bas, les Tielman Brothers sont très populaires. Personnellement, j’ai été influencé par les sons de Los Angeles et de New York, comme El Michels Affair et les groupes liés au label Daptone. Et plus récemment, des groupes comme Glass Beams. Chaque membre apporte une inspiration différente, notre bassiste aime Black Sabbath, par exemple. Notre son rassemble de nombreux styles, mais il est toujours façonné par nos racines indonésiennes.” – Interview de Nusantara Beats, par Durum Records
Une arrivée fracassante
Leur ascension ressemble à un sprint élégant. En 2021, ils décident de se lancer dans l’aventure Nusantara Beat. Leur nom, « Nusantara », est un mot ancien qui désigne l’ensemble des îles du pays du sud-est, symbole d’unité et de diversité. Sous l’impulsion de leur amour partagé pour le « Sunda Pop » des années 60 (un mélange de musique traditionnelle Sundanaise avec de la pop contemporaine, comme la surf music, le funk ou encore le psychédélisme), ils modèlent très vite leur style. Ils usent désormais de synthétiseurs modernes, combinés à des techniques de production irréprochables, afin de nous envoûter avec leurs grooves profonds.
Après des débuts remarqués sur de petites scènes à Amsterdam, et ce dès l’été 2022, la machine s’emballe. Leur premier EP, “Djanger / Borondong Garing” (sorti en 2023 chez Bongo Joe Records, en association avec le label indonésien Lamunai Records), cumule rapidement des dizaines de milliers d’écoutes sur les plateformes. Les trois morceaux réinterprètent chacun un titre indonésien célèbre du XXe siècle : “Djanger”, par exemple, décrit les mouvements d’une danseuse balinaise.
Cette notoriété naissante leur ouvre les portes de festivals prestigieux comme les Trans Musicales de Rennes. Ils y ont livré une prestation qui a confirmé leur statut de groupe “live” incontournable auprès du grand public.
Leurs recommandations musicales sur-mesure
- Top 10 des titres psychédéliques indonésiens :
1. Sekar Jepun – Harry Roesli Gang
2. Gumbira – Yanti Bersaudara
3. Anti Gandja – The Brims
4. Badminton – Yanti Bersaudara
5. Kuriak – One Dee Group
6. Surabaya – Dara Puspita
7. Mobil Tua – Koes Plus
9. Babak II Bagian, Pt. 2 – Harry Roesli Gang
10. Borondong Garing – Bimbo
- Top 5 de la scène des Pays-Bas – sélection réalisée par Jordy
1. Siomay – Naga Kirana
2. Too Good to Go – Pitou
3. Autopilot – PAUW
4. Filthy Hands – C’est qui
5. I’m Your Dog, Baby – Parker Fans
De l’ombre des studios à la sortie d’un chef-d’oeuvre
Le pari est aujourd’hui réussi : leur premier album éponyme, paru en novembre 2025 chez Glitterbeat Records (même label qu’Altin Gün), a été encensé pour sa fresque psych-folk aux textures contemporaines. Ces onze titres ont été écrits, enregistrés et produits à partir de sonorités provenant des 17 000 îles. Et ce selon la tradition musicale sundanaise, avec des instruments tels que des tambours, cithares kecapi, et même des gongs balinais. Leur recette ? Reprendre des classiques en leur injectant une dose de groove maison.
« C’est un son qu’on imagine résonner dans les rues de Jakarta, mais qui a été composé à Amsterdam », note France Inter. Encore un exemple qui illustre l’omniprésence de la musique psychédélique, et ce dans le monde entier. Le résultat est une musique surprenante, à la fois cinématique et spirituelle, capable de faire danser autant qu’elle fait rêver.
La sélection Lucydelic
Voici selon nous les trois meilleurs titres de l’album, traduits de l’indonésien.
- Le groove agréable du titre précédent se poursuit sur « Bunga Mekar », où l’amour est clairement dans l’air. Ce sentiment est renforcé à l’écoute des petites fioritures jouées à la guitare, ce qui rajoute une fraîcheur au morceau.
- « Tamat », premier single extrait de l’album, est un morceau pop qui nous monte à la tête. On y retrouve des effets de vibrato, des bongos et des voix rapides qui accentuent l’expressivité de la langue indonésienne.
- En revanche, « Bakar » s’appuie sur des nappes de synthé pour créer un groove funky, tout en développant une métaphore mordante . Au fur et à mesure que le morceau prend de l’ampleur, les guitares viennent agrémenter le tout et compléter la chanson.
Écoutez pleinement l’album via le lecteur ci-dessous !
En résumé :
Pourquoi Nusantara Beat mérite votre attention (et votre playlist) ?
- Car ils prouvent que la musique traditionnelle peut être résolument moderne.
- Afin de voyager dans un mélange de genres, sans jamais tomber dans le folklore facile.
- Pour être transporté en Indonésie, avec des chants poétiques entêtants.
- Et surtout, pour la simple raison qu’ils vous font danser, librement, le tout dans un mouvement collectif menant sur leur planète
Et ensuite ?
Le crew s’est également constitué un public fidèle en Indonésie, et veut explorer davantage cette région du monde pour trouver de nouvelles inspirations musicales. « Nous avons reçu un accueil très chaleureux », explique Gino. «Obtenir cette reconnaissance de leur part, c’est très gratifiant ».
Alors, prêt à embarquer ? Leur album, sélectionné par nos soins, est élu d’ores et déjà comme notre pépite de l’année.








