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Ils ont couvert les murs de Paris… et inventé l’art urbain

19 juin 202510 min read

Avant les graffeurs et les street artistes, il y avait… l’affiche ! Colorées, audacieuses, collées partout dans Paris, elles ont transformé la ville en une véritable galerie à ciel ouvert. Avec l’exposition L’art est dans la rue, visible au musée d’Orsay jusqu’au 25 août 2025, on plonge dans la folle épopée de ces images qui ont électrisé le quotidien, secoué les codes de l’art et inventé, mine de rien, une nouvelle façon de vivre la rue. Prêts pour un voyage visuel dans le Paris de la Belle Époque ?

Philippe Ernest Kalas (1861- 1928) Exposition d'affiches artistiques françaises et étrangères, modernes & Retrospectives. Entrée 1Fr au Cirque de Reims du 7 au 17 novembre 1896, 1896 © CC0 Paris Musées / Musée Carnavalet Histoire de Paris

🧱 Paris, capitale de l’affiche au tournant du siècle

À la fin du XIXᵉ siècle, Paris bouillonne. Fraîchement remodelée par les grands travaux haussmanniens, la ville devient le théâtre d’une véritable révolution visuelle. L’affiche illustrée en couleurs s’y déploie comme jamais : elle colonise les murs, les palissades, les kiosques, les colonnes Morris, les stations de métro, et même les hommes-sandwichs. La rue devient un livre ouvert, une galerie à ciel ouvert où l’image explose, partout. C’est l’époque où la ville elle-même devient un support artistique, accessible à tous et pour tous.

Théophile Alexandre Steinlen (1859-1923). Imprimerie Charles Verneau (Paris) Affiches Charles Verneau. « La Rue », 1896 Paris, Bibliothèque nationale de France, département des Estampes et Photographie © Photo BnF
André Devambez La Charge, vers 1902 Musée d'Orsay Achat, 1979 © RMN-Grand Palais (Musée d’Orsay) / Hervé Lewandowski
Jules Chéret (1836-1932) Bal du Moulin rouge, 1889 © Bibliothèque nationale de France

🖼️ Une expo immersive pour plonger dans la Belle Époque

L’exposition L’art est dans la rue, présentée au musée d’Orsay en partenariat avec la BnF, explore cette effervescence à travers 227 œuvres, dont 149 affiches emblématiques. On y découvre une scénographie immersive, un parcours foisonnant mêlant arts graphiques, peintures, photos, objets et costumes… le tout retraçant l’essor spectaculaire de l’affiche entre 1850 et 1914.
Un vrai voyage dans le temps, dans un Paris à la fois poétique, bruyant et lumineux, où l’art descend dans la rue.

Théophile Alexandre Steinlen (1859-1923) Imprimerie Charles Verneau (Paris) Le Journal publie Paris par Émile Zola, 1897 Lithographie en couleurs,140 x 200 cm Paris, Bibliothèque nationale de France, département des Estampes et de la photographie Photo BnF
Henri Gustave Jossot (1866-1951) Imprimerie Bourgerie & Cie (Paris) L’Action. À bas les calottes !, 1903 Lithographie en couleurs, 93 × 128 cm Paris, Bibliothèque nationale de France, département des Estampes et de la photographie Photo BnF
Louis-Robert Carrier-Belleuse (1848-1913) L’Étameur, 1882 Huile sur toile, 64,8 × 97,8 cm Collection particulière Photo Studio Redivivus

🖌️ Une nouvelle esthétique pour un monde qui change

L’apparition de l’affiche illustrée ne doit rien au hasard : c’est une invention rendue possible par les progrès techniques de la lithographie couleur.
Des artistes en font un médium d’expression à part entière :
• Jules Chéret et ses fameuses “chérettes”, joyeuses et sensuelles, dans des compositions virevoltantes 
• Henri de Toulouse-Lautrec, avec ses cadrages décalés, ses silhouettes stylisées et ses aplats audacieux 
• Alphonse Mucha, qui invente une imagerie luxuriante pour métamorphoser Sarah Bernhardt en déesse du théâtre 
• Et les Nabis (Bonnard, Vuillard, Ibels…), qui importent leur langage plastique dans l’univers de l’affiche : aplats, synthèse, absence de perspective.

Pendant ce temps, les ateliers comme Chaix ou Verneau tournent à plein régime, les affiches se collectionnent, s’encadrent, s’exposent dans les salons… L’affichomanie est née.

Gabriel Loppé Colonne publicitaire dans la nuit, vers 1889 Musée d'Orsay Don de la société des Amis du musée d'Orsay, 1989 © Musée d’Orsay, Dist. RMN-Grand Palais / Alexis Brandt

🔍 L’affiche comme miroir d’une société en pleine mutation

Mais l’exposition ne se contente pas de célébrer la beauté des images. Elle explore aussi ce que l’affiche dit des transformations sociales et culturelles du tournant du siècle.
• La consommation de masse explose : grands magasins, vélos, savons et apéritifs deviennent les stars du papier ;
• Les femmes y sont omniprésentes, à la fois muses, objets de désir, symboles d’émancipation ou figures burlesques ;
• Le spectacle vivant se fabrique une mythologie visuelle : La Goulue, Aristide Bruant, Sarah Bernhardt deviennent reconnaissables entre mille ;
• Et l’affiche politique se déchaîne : anarchistes et caricaturistes dénoncent, critiquent, alertent — anticipant les codes de l’agit-prop.

La rue devient un lieu de débat, de conflit, d’émotion collective. Un espace public où l’art entre en dialogue avec les idées, les tensions et le quotidien.

🌿 Une scénographie sobre et responsable

Le musée d’Orsay donne ici l’exemple d’une grande exposition écoresponsable, sans rien sacrifier à la qualité ni à l’élégance :
• 93 % des cimaises et 21 % du mobilier proviennent du réemploi, soigneusement repensés pour l’occasion ;
• La majorité des œuvres vient d’Île-de-France, réduisant l’empreinte carbone liée au transport ;
• La restauration des affiches, souvent très fragiles et de très grand format, a mobilisé toute l’expertise de la BnF, avec parfois des techniques spécialement inventées pour l’occasion — un travail de fourmi digne d’un atelier d’orfèvrerie.

Henri Gustave Jossot (1866-1951) Imprimerie Camis (Paris) Guignolet. Cointreau, 1898 Lithographie en couleurs, 130 × 100 cm Paris, Bibliothèque nationale de France, département des Estampes et de la photographie Photo BnF
Clémentine-Hélène Dufau (1869-1937) Imprimerie Charles Verneau (Paris) La Fronde, 1898 Lithographie en couleurs, 100 × 140 cm Paris, Bibliothèque nationale de France, département des Estampes et de la photographie Photo BnF

🧠 Un héritage visuel bien vivant

Aujourd’hui encore, l’affiche n’a rien d’un vestige poussiéreux. Elle a muté, s’est hybridée, parfois numérisée… mais reste un langage visuel incontournable, qui continue de s’adresser à nous dans l’espace public avec force et poésie. Les murs parlent toujours — et parfois, ils crient. Et les artistes d’aujourd’hui, qu’ils soient graffeurs, illustrateurs, collectifs engagés ou créateurs anonymes, sont les héritiers directs de Chéret, Toulouse-Lautrec ou Mucha.
Même énergie, même envie de surprendre, de faire réfléchir, de faire vibrer.

✨Quand la rue inspire les musées… et vice versa

L’art est dans la rue n’est pas qu’une exposition patrimoniale — c’est un hommage vibrant à une époque où l’image a pris le pouvoir, bousculant les formats, les codes et les regards. En revisitant l’âge d’or de l’affiche à Paris, le musée d’Orsay nous rappelle que la culture visuelle n’est jamais figée : elle circule, se réinvente, saute de siècle en siècle, du papier au mur, du mur à l’écran. Et si, en sortant de l’expo, on regardait nos trottoirs différemment ? Entre deux affiches de concert, un pochoir engagé ou un sticker surréaliste, l’art continue de se faufiler dans nos quotidiens — souvent là où on ne l’attend pas.

 

Ce qu’il faut savoir :

📍 Musée d’Orsay, Paris 7e
📅 Du 23 avril au 25 août 2024, tous les jours sauf le lundi
⏰ 9h30-18h (nocturne jusqu’à 21h45 le jeudi)
🎟️ À partir de 16 € – gratuit pour les moins de 26 ans résidents de l’UE
🌐 Réservation : www.musee-orsay.fr

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