Dans cet article, plongez dans un texte percutant qui vous pousse à réévaluer vos modes de vie. Ce philosophe engagé, offre une réflexion saisissante sur les méandres de notre société, à travers une fable envoûtante où la santé et le capitalisme se rencontrent. Juan Roy De Menditte nous exhorte à reconsidérer nos habitudes de consommation et à rechercher des alternatives à la médicamentation excessive, tout en remettant en question les normes établies.
L’histoire de « Primum non nocere »
Intitulé “Primum non nocere”, le titre de ce texte est une référence au serment d’Hippocrate signifiant en latin “D’abord, ne pas nuire”. Cette expression souligne l’importance de la prudence dans les soins médicaux, mettant en avant le devoir éthique des médecins de veiller avant tout à ne pas causer de tort à leurs patients, et de toujours agir dans leurs intérêts. C’est un principe central de la déontologie médicale qui résonne de façon dystopique avec les propos du philosophe… Préparez-vous à être captivé par cette lecture passionnante qui commence ci-dessous :
Il était une fois une jeune fille qui habitait une modeste chaumière dans une clairière perdue au milieu d’une forêt. De l’aube au crépuscule, elle avait pour habitude de chantonner des chansons qui enchantaient les animaux partout où elle passait. Un jour, qu’elle s’était aventurée un peu loin de sa maison, elle aperçut un imposant château dont les tours s’élançaient jusqu’au ciel.
Piquée par la curiosité, elle se fit plus discrète et s’en approcha à pas de chat. Puis, ne rencontrant pas âme qui vive, elle y entra. Au fur et à mesure qu’elle retrouvait son assurance, elle se remit à chanter, tout en déambulant dans la foultitude des couloirs et escaliers qui enchâssaient les lieux.
Mais le château n’était pas désert. Dans les pièces étaient isolés l’ensemble de ses habitants. Ceux-ci ne sortaient que très peu. Ils vivaient dans un état de léthargie aiguë qui les poussait à se confiner chez eux. Entendant la jeune fille chanter, ils furent secoués d’un soudain étonnement. A ce point qu’une réunion de notables s’organisa bientôt spontanément, en présence de la famille royale, dans la salle du trône. Chacun s’interrogeait sur cette étrange irruption. On s’en plaignait même. Le roi, partageant l’avis de ses sujets, ordonna qu’on aille chercher l’intruse sur le champ. Et la jeune fille fut bientôt présentée comme une fautive devant la cour, flanquée de deux gardes en armes. A sa vue les opinions s’adoucirent. Elle était si charmante qu’on en oubliait ses griefs. Et puis, qu’avait-elle fait finalement ? Chantonné dans les couloirs ? Animé les esprits… ? L’impression du désagrément subit par le réveil qu’elle avait provoqué avait fait place à un sentiment de réjouissement dû au plaisir de se sentir débarbouillé.
Le fils du roi, que cette demoiselle avait particulièrement séduit, avança alors qu’innocente, on devrait la laisser libre de se promener et de chanter où elle voulait. La reine, le roi, le grand chambellan et tout le reste de la cour adhèrent de bon cœur à cette proposition. C’est ainsi que la jeune fille put revenir, les semaines suivantes, faires ses visites, auréolée de ses douces et enivrantes mélodies. Et plus elle passait, plus les gens se montraient hors de chez eux et ravivaient les rues. Les sourires gonflaient les joues. Les cœurs s’épanouissaient comme des fleurs au printemps. Mais, tout le monde ne partageait pas cet engouement… Une sorcière, qui vivait au sommet de la plus haute des tours, voyait en effet d’un très mauvais œil ce qui se produisait. Pour cause : les gens malheureux étaient ses clients. Pour quelques remèdes servant à les soulager des petits maux de la vie, ils la gratifiaient de respectueuses et riches attentions.
Et comme ses remèdes avaient pour fâcheuse conséquence de rendre ces gens apathiques, elle les avait petit à petit plongé dans la torpeur et la dépendance à son égard. Or, toutes ces bonnes personnes redevenant maintenant joyeuses, elle s’évanouissait pour sa part dans le néant et l’oubli. N’en pouvant plus, elle menaça violemment la cour, qui eut pour toute et saine réaction de la bannir à tout jamais. Les choses auraient pu en finir là, le prince se mariant avec notre héroïne, le royaume perpétuant ses plus belles heures, mais la sorcière était puissante. Elle jeta un sort dévastateur sur ce monde ensoleillé et en figea toutes les âmes, de la plus petite à la plus grande. Ce n’est que l’intervention d’une aimable fée, qui avait toujours veillé sur la jeune fille, qui leur valut de ne pas terminer à tout jamais dans cet état. Celle-ci, avec ses maigres moyens, fit de chaque citoyen une note de musique de chaque instrument que chaque musicien fait chanter lorsqu’il en joue. Ainsi immortalise-t-on les vertus de cette histoire…
Comprendre « Primum non nocere » dans le contexte actuel
Voici, en résumé, ce que certains professeurs racontent parfois à leurs plus jeunes élèves pour faire l’introduction de leur apprentissage de la musique… Au-delà de l’encouragement à jouer de la musique, et surtout à chanter (placer sa voix, respirer , exprimer…), cette histoire nous parle d’un contexte courant de la maladie. Un contexte qui associe l’état d’âme à la dépendance au monde médical. Lorsque nous naissons, nous héritons de certains instincts profondément ancrés depuis la nuit des temps. Éviter la chaleur et le froid excessifs, dormir pour récupérer, faire l’amour, manger ce qui nous fait du bien – en reconnaissant inconsciemment ce qu’il nous faut et quand -, boire, bouger, communiquer, extérioriser…
Paradoxalement, le monde dans lequel nous vivons nous incite à radicalement contrarier ces instincts. Pas seulement à l’occasion de bacchanales saisonnières, mais tous les jours, à chaque instant. Ce n’est pas qu’il ne faille pas s’endurcir, face aux températures, aux poisons ou au laisser aller morbide ou qu’il ne faille pas, au contraire, lâcher parfois un peu la bride à nos pulsions… Non ; ce que nous souffle sournoisement à l’oreille notre société capitaliste c’est de suivre avant tout nos caprices… et de nous donner les moyens de nous les payer. En somme, cette société nous met dans l’étau du travail et de la consommation à outrance, c’est-à-dire entre les deux mâchoires et de qui lui fournit – à elle – sa toute-puissance.
Hier, sortie du chapeau protestant, la morale rigoriste du travail et l’adhésion au matérialisme sonnant et trébuchant prévalaient. Puis vint s’ajouter, au XXe siècle, le déchaînement consumériste. Pour aboutir aujourd’hui au chaos néolibéral, où le matérialisme se fait supplanter par le virtualisme, le travail par la débrouille et le consumérisme par un gavage compensatoire.
Un destin régressif vers lequel le capitalisme tentait déjà de nous conduire au XIXe siècle, avant que les grandes guerres ne calment le jeu. Plus l’info circule, plus la conscience s’éveille. Plus la conscience s’éveille, plus les milieux dominants peinent à conditionner et contrôler les populations. Plus que jamais, il faut les abrutir ces dernières. Attiser leur recherche de jouissance, les faire rêver de toute puissance, les plonger dans des bains de confusion et de pollution, les diviser, les dépouiller et, surtout, les rendre dépendantes jusqu’à l’os des entreprises qu’ils possèdent. Voici le point nodal de notre sujet. Votre santé n’est pas votre affaire.
Mettons-nous à la place des instances capitalistes de santé. Que vous tombiez malades et propagiez la maladie par contagions n’est pas un problème, au contraire. Ça fait consommer du médicament, c’est bon pour les affaires. Mais le principe de contagion doit être finement exploité. Pour cela, il y a le vaccin : empêcher la contraction et la diffusion de la maladie dite « graves » grâce à des injections censées avoir un effet de protection sur le long terme, ça fait rêver, mais… la médecine ayant déjà du mal à agir à court terme…
Que faire dans une société susceptible de devenir, par son savoir pléthorique, plus saine, plus raisonnable et plus rieuse ? Que faire face à une société qui peut à tout moment vouloir recueillir les fruits de ses innombrables inventions et expériences pour se métamorphoser en monde quasi paradisiaque, plus juste, équilibré, vibrant, doux et joyeux ? Pour certains intérêts particuliers, il est vital d’empêcher cela. La pharmacologie possède depuis longtemps ce qui lui faut pour traiter au mieux la grande majorité de maux. Ce n’est pas qu’elle ne puisse pas tout soigner, c’est qu’elle n’a pas vocation à le faire.
Un individu malade, par exemple, n’a pas nécessairement besoin d’un médicament et encore moins de médicaments uniquement. Il peut avoir besoin de repos, de détente, d’un régime alimentaire adapté (moins acide, moins inflammatoire, plus reconstituant, plus vitalisant…), d’un soutien humain (d’une écoute, d’un réconfort..)… Et, avant d’être malade, il a besoin d’un cadre de vie sain, d’une prévention à toutes les échelles de son milieu et d’une instruction concernant les bons réflexes à avoir pour éviter le pire. Une intuition aiguisée. Il ne s’agit ni d’imposer un mode de vie, ni d’interdire les excès, mais de faire circuler l’information, toute sujette à débat, à l’abri du poids écrasant et obscurcissant des intérêts financiers qui font des opinions une affaire de lobbyisme.
Ceux-ci ne le voient malheureusement pas de cet œil. Foncièrement liées aux institutions nationales et internationales, elles font pression pour que la santé soit un enjeu économique d’état. Jusque-là, l’industrie de la santé constituait un filet de secours. On insufflait dans les esprits que tous les risques pouvaient être pris – dans le travail comme dans le loisir, par obligation comme par plaisir. La médecine se tenait toujours là, aux aguets, pour réparer les pots cassés. Mais aujourd’hui, l’impératif économique de santé, calculé à la fois par les assurances et par les employeurs, prime. Nous sommes piégés.
Il faut médicamenter, médicamenter, médicamenter… et contraindre les gens à des comportements hygiénistes procéduriers. Pour autant, il ne s’agit pas de les guérir. Car, la plupart des médicaments ne marchent, le plus souvent, au mieux que… moyennement. Des placebos, avancent certains (chercheurs, accessoirement)… Si les médicaments ne marchaient pas du tout, les gens auraient vite compris l’arnaque. En fait, c’est parce qu’ils ont le vernis institutionnel le plus brillant (celui des académies, des ordres, des agences, des instituts, de la pub à la télé…) qu’ils sont déjà susceptibles d’avoir un effet positif. Une belle boîte rose et des cachets tout bien poncés (de vrais petits fétiches) et on y croit. L’esprit fait alors son travail de motiver son organisme d’y croire lui aussi et de faire un effort pour ne pas le faire mentir…
Tout d’abord, gagner la confiance du « patient » et lui faire croire que le médicament est suffisant. Voilà une mission importante (d’où les dépenses astronomiques de cette l’industrie en évaluation commerciale – appelée abusivement recherche médicale -, en lobbying et en marketing). Le temps du repos, comme le temps de la politique, est très accessoire. Mais, suffisant, le médicament l’est… pour user l’organisme. Il l’imprègne de composants chimiques jusqu’aux fines terminaisons nerveuses.
On l’a vu par exemple avec les antibiotiques qui détruisent le biotope de la flore intestinale, autrement dit ce qui détermine en premier lieu l’état de santé. On l’a vu avec les additifs et la nature artificielle des molécules dites actives. On l’a vu avec les nanotechnologies… Notre corps est littéralement bouleversé par les injections, les pénétrations, les infusions de molécules chimiques déversées en lui et dans notre milieu. Celles de la pollution atmosphérique et terrestres, de l’eau potable (par les plastiques, les traitements et les médicaments comme la pilule), des aliments (par les traitements, les conservateurs et les manipulations génétiques), les composants de nos objets quotidiens (bisphénols, nanotech, etc.) – et on ne parle pas des ondes – mais aussi des ingrédients de nos médicaments.
On n’a jamais vu, depuis quelques décennies, une telle frénésie industrielle à empoisonner gratuitement (pourrait-on dire) notre milieu. Certes, dans le domaine de l’alimentation, quelques réactions positives de l’industrie face aux attentes insistantes des consommateurs ont été observées : sans additifs, sans colorants, sans conservateurs, sans OGM… Peut-on de plus en plus lire sur les étiquettes. On nous le fait payer cher, mais c’est déjà ça. Formidable ! Mais le médicament ne semble pas autant concerné.
Un médicament, quel que soit ce qu’il contient, ne rend pas malade se dit-on. Et puis que deviendrait le marché (plus gros que celui de l’armement, du pétrole et du cinéma réunis) si les gens ne devenaient pas chroniquement malades. Il faut bien qu’une industrie se charge de cette mission. Et laquelle pourrait s’en charger, sinon celle qui serait par définition incapable de ce crime ? Finalement, c’est bien de cette dépendance dont il s’agit dans le domaine de la santé. La dépendance au médicament et à ceux qui le vendent.
Rien n’a plus d’impact dans l’amélioration de la santé des peuples (leur durée de vie en bonne santé) que l’arrivée de l’eau potable et courante, que l’accès à une alimentation saine et équilibrée, que des habitats propres et pouvant être maintenus, de manière relativement constante, à des températures tempérées, qu’un air pur, que des mœurs et des habitudes actives et joyeuses, et que des perspectives d’avenir réjouissantes.
Contrairement à leurs prétentions orgueilleuses, à côté de ça, la médecine et la pharmacie ne représentent pas grand-chose. Dans leur bonne pratique, ils nous éclairent sur certains aspects précis de nos vie et nous sauvent de certaines mauvaises pentes ou certains accidents (notamment grâce à la chirurgie). Autrement, c’est peanuts. Pour cette raison, en ma qualité de docteur de la pensée (philosophe), je vous encourage tous à reprendre confiance en l’unité de votre corps et de votre esprit, ainsi qu’en la société que, sous les gueules ouvertes des requins, nous formons. Ceci pour que nous profitions pleinement de toute cette richesse d’expériences et de biens que nous ont légué nos ancêtres et pour que nos fêtes (parce qu’il en faut) soient des moments de véritables convivialité plutôt que des fuites inavoués loin des tortures qu’on nous fait vivre insidieusement au quotidien.
Juan Roy de Menditte
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